Un coup de carte dans le syndrome de l’imposteur

Un coup de carte dans le syndrome de l’imposteur

Le tapis rouge se dresse droit devant, attaqué par les flashs des caméras et le bruit de la foule déchaînée… Bien entendu, ce n’est pas le tapis qui cause autant d’émoi, mais bien les dizaines et les dizaines d’auteurs qui y marchent et qui sont à mi-chemin entre la célèbre Chrystine Brouillette et une ado qui se meurt d’envie d’avoir de l’attention sur Facebook.

Nu pieds, je marche sans assurance, le corps un peu courbé, derrière une écrivaine aux longs cheveux frisés, par peur de recevoir des tomates. « Quoique ça fitterait bien avec le tapis rouge », me dis-je en tentant de dissimuler par l’humour le malaise palpable que j’éprouve à l’instant.

Est-ce vraiment une bonne idée?

Le syndrome de l’imposteur me pogne le cœur alors que je soumets l’ébauche de cette carte d’affaire qui témoigne de ma prétention absolue d’être une « écrivaine ».

Écrivaine… *Longue réflexion*. Je change le terme : auteure d’histoires. C’est déjà moins malaisant, pour quelqu’un qui n’a jamais publié de livres. Et pourquoi pas un jeu de mots qui manque un peu de finesse? Ça fait très « moi » cette « carte d’affaire » finalement.

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Je regarde le tout. C’est loin d’être parfait, mais si ça l’était, ce serait moins « moi ». Je ferme les yeux et je pèse sur le bouton pour confirmer ma commande. C’est fait.

Il faut bien trouver une façon de se créer un réseau littéraire! Et pour ce faire, quoi de mieux que d’aller dans les salons du livre afin d’avoir de longues discussions avec des éditeurs/éditrices et des auteur-e-s? Et pourquoi ne pas poursuivre cet échange à un autre moment, autour d’un bon café? On sème une carte pour faire pousser le dialogue.

Écrire son nom et son numéro, au coin d’une table, sur une napkin, ça n’a rien de glorieux. Surtout quand la personne à qui tu la remets se mouche avec par inadvertance dans le métro.

Quoique je salue ceux qui le font, je les invite tout de même à se procurer une petite carte d’écrivain. Comme ça, je me sentirai moins seule et puis, on fera communément « moins dur ». Qu’en pensez-vous?

La vie d’auteur : une vie en 2 dimensions

La vie d’auteur : une vie en 2 dimensions

Il y a une chose que vous allez réaliser si vous jasez avec un auteur : ils vivent tous une double vie tels des superhéros qui sont P.D.G. le jour et justiciers la nuit. Pour la plupart d’entre eux, il n’a jamais été possible de gagner assez d’argent pour pouvoir subvenir à leurs besoins. Dans leur vie s’installe donc un genre de deuxième dimension. Cette dimension divise leur quotidien en deux, une sorte de fissure entre deux univers parallèles.

Tout d’abord, il y a la vie ordinaire que nous connaissons tous. Souvent un horaire de 9 à 5 dans un métier bien défini. Les auteurs les plus dévoués sont parvenus à  rattacher leur carrière professionnelle au monde de l’écriture avec des domaines comme l’enseignement ou le journalisme.

Puis, il y a la seconde dimension qui commence. C’est ce qui rend ces gens si spéciaux. Tous des Batman ou des Spider-Man de la vie moderne si vous voulez mon avis. Après leur journée de 9 à 5, ils commencent leur rituel de fin de soirée ou de fin de semaine : l’écriture bat son plein. C’est donc pour dire qu’ils vivent une double vie.

Et dans cette deuxième dimension, le temps s’écoule à une tout autre vitesse. C’est un endroit où le temps passe plus lentement. Un lieu où l’été, puis encore l’été défile sans que l’auteur ne soit encore satisfait de son texte. Un lieu où il peut se passer 365 jours avant qu’un éditeur arrive à parcourir le premier chapitre précédemment envoyé.  Où l’espoir et le désespoir se côtoient sans arrêt.

Je m’en suis rendu compte pour la première fois quand j’ai répandu autour de moi l’idée que j’avais achevé un manuscrit. Chaque fois que je revoyais les personnes informées, celles-ci me demandaient une date de publication. Au tout début, je leur répondais des choses comme : «Peut-être bientôt! Qui sait?» Et puis, cette réponse est tranquillement devenue : «Tu seras le premier informé lorsque ça viendra.»­ Et puis c’est tout… Le temps s’est figé dans cette dimension pour cedit manuscrit.

Enfin bref, l’important est de continuer la lutte contre l’inertie. Il faut donc que je m’acharne sur un nouveau projet. Après tout, on nous dit toujours que d’attendre après quelque chose ne fait que retarder son arrivée.  Aucune de mes mauvaises nuits, de mes larmes ou de mes plaintes sur ce blogue (désolé tout le monde) ne changera le destin de mes manuscrits. Mais c’est avec la même détermination folle qui m’a poussée à écrire un roman, il y a maintenant 6 ans de cela, qui va me permettre d’en faire un deuxième, puis un troisième. Allons-y avec le tout pour le tout! C’est ainsi que s’écrivent les meilleures histoires.

Chronos, maudit sois-tu!

Chronos, maudit sois-tu!

Permettez-moi de vous faire une petite vidange de sac. Il y a trop longtemps que je me dis : «Ça va aller mieux demain. Tout va s’arranger!» Et puis, finalement, c’est Niet-Nada. Un constat s’impose : j’ignore comment les autres font pour gérer leur temps, mais moi, je n’y arrive tout simplement pas. C’est comme si la vie me prenait tout. Il y a toujours autre chose à faire qu’écrire. Les soirées passent tellement vite, les trajets de métro entassés au sein d’une foule amorphe se succèdent, sans parler des heures de lunch où l’on a envie de tous sauf de se creuser la tête à inventer le prochain best-seller.

D’un autre côté, l’ambition ne manque pas : concours littéraires, projets éditoriales, un poème pour mon chéri, une séance de dédicaces. Sans oublier la dernière lubie: un blogue littéraire pour vous partager mes folies avec l’aide de ma partenaire d’écriture, Withney. Des projets en veux-tu, en v’là! Mais d’où viennent toutes ces idées d’hurluberlus?

C’est-à-dire que, par les temps qui courent,  je me sens comme un spectre perdu dans un autre espace-temps. Hé oui! Je n’ai pas donné signe de vie depuis un bon bout de temps déjà. Toutes mes excuses. Sachez que ce n’est pas de ma faute, mais celle de Chronos, le Dieu du temps. C’est lui qui fait disparaître les poussières de temps où je me consacre à l’écriture. Oui, oui, je vous le jure! Je l’ai même vu une fois à l’oeuvre. Alors que je m’étais décidé à participer à un concours littéraire, j’ai vu les journées passer au galop alors que ma nouvelle, elle, avançait à pas de tortue. Et, alors même que je me donnais un coup de pied digne de ce nom pour remettre à temps le fruit de mon travail, la semaine est arrivée et j’ai complètement délaissé les quelques pages qu’il me restait à rédiger pour me consacrer sur tout le reste. Lorsque j’ai jeté un coup d’œil du côté de mon clavier, il m’est même arrivé de voir Chronos danser sur les touches en riant aux éclats. Maudit sois-tu!

 

Résolutions littéraires de 2017

Résolutions littéraires de 2017

Bonne année 2017 à tous les lecteurs et à toutes les lectrices de ce blogue!

Voici nos résolutions littéraires pour 2017, qui pourront peut-être vous donner des idées d’activités littéraires à faire seul ou en famille.

Pour 2017, nous prenons la résolution… :

belleetlabeteNous vous partagerons notre cheminement par le biais de ce blogue. En espérant que cela vous donne également envie d’explorer un peu plus la littérature québécoise en 2017, Filles de joual vous souhaite une année remplie de folies et de bons romans.

Cordialement,

Stéphanie Sylvain & Withney St-Onge

Les morts de Sophie

Les morts de Sophie

Brève introduction à la brève

Voici le tout premier texte que j’ai publié. Le titre original était « Douce Sophie ». Cette brève avait été publiée dans le journal étudiant Le Trait d’Union du collège de Maisonneuve en 2010 pour l’Halloween. 6 ans! J’ai vu mon style d’écriture évoluer. Je vous en reparle brièvement après la lecture.

Brève

Pieds nus, un orphelin courait dans l’herbe tranchante, soulevant ainsi quelques feuilles mortes qui, prises par les ondulations du vent frais, dansèrent en cette nuit morbide d’automne. Les poumons meurtris, le muscle cardiaque épuisé, Victor s’arrêta brusquement devant la tombe de sa mère qu’il avait tuée à la naissance. Il regarda autour de lui et afficha un sourire satisfait en constatant qu’il ne voyait que des tombes et des arbres dénudés. Il avait enfin réussi à semer les enfants aux intentions viles. Il détourna son regard azure du paysage gothique et s’agenouilla pour faire face à l’épitaphe. De ses petites mains d’enfant, il déroula un petit bout de papier. Il récita alors à Sophie, sa mère biologique, ses tout premiers vers : «Mère, chaque jour en votre absence, mon cœur se meurt de souffrance… » Inopinément, l’enfant fut interrompu par les railleries d’un des garçons qu’il croyait avoir laissé loin derrière lui. Le petit être malveillant s’esclaffa à la vue d’un monologue entre un mort et un vivant. Fou de rage qu’on puisse ainsi salir la mémoire de sa mère, Victor l’étrilla, lui affligeant ainsi quelques coups au visage. La lèvre fissurée, celui-ci répliqua en le poussant fortement sur la tombe. Il avait un sourire malicieux et se moquait de la faiblesse de Victor. En tombant, il s’écorcha le poignet sur la pierre, rouvrant ainsi sa cicatrice et laissant par conséquent son sang pur s’écouler sur le souvenir de Sophie. Subitement, un cri jaillit du lieu funéraire, remplissant l’obscurité d’inquiétudes. Le jeune voyou, dont le sourire fut éphémère, s’éclipsa en poussant des cris horrifiés tandis que Victor demeura figé sur place, muet comme une tombe. Tout devint encore plus obscur que l’obscurité. Des ténèbres jaillirent une silhouette incandescente; Sophie était réveillée. Elle semblait être un ange dont le regard était empreint d’une démence. « Merci fils, dit-elle ». Inquiet, l’enfant regarda sa mère lever ses bras doucement vers le ciel obscur. Plus ses bras menus se soulevaient vers les cieux, plus Victor sentait le sol trembler sous ses pieds. La terre, qui auparavant recouvrait les tombeaux, lévitait dans les airs; Sophie en portait le poids. On entendit des portes s’ouvrir, des cris glauques surgirent de la terre. La faune qui ne s’était pas déjà enfuit se volatilisa d’effroi. Les morts devinrent vivants. À la vue des squelettes et des vers qui rongeaient les restants de peau sur certains défunts, Victor savait qu’il devait réagir. Il prit ses jambes à son cou et se dirigea vers sa maison, éclairé par la pleine lune. En entrant dans le château que sa mère avait légué à la famille qui prendrait soin de ses fils, Victor couru directement vers l’aile Ouest, là où se situaient les appartements de son aîné. Réclamant son frère de sa petite voix qui n’avait pas encore mué, il sillonnait la tour. Une silhouette grande et chétive se révéla dans la bibliothèque, une pierre couleur charbon en main, l’air mécontent. « Tu as encore réveillé mère, dit Hugo dont la cicatrice au poignet était douloureuse. Tu sais ce qu’il nous reste à faire maintenant.» Victor hocha la tête en signe d’approbation. Tandis qu’Hugo et Victor s’armèrent et convoquèrent leur armée personnelle siégeant à la résidence, les morts se réveillaient tranquillement, laissant l’énergie de la pleine lune leur redonner des forces. En temps normal, les morts-vivants ne pouvaient vivre qu’une nuit par année et ce, durant la nuit des morts si l’occasion se présentait. Par contre, Sophie en était la reine et la source d’énergie secondaire. Si on ne la détruisait pas, les morts-vivants allaient être vivants plus longtemps que prévu, même si la lune n’était pas pleine. Victor et Hugo arrivèrent dans le cimetière où leur mère régnait du haut de sa tombe. Ils devaient la tuer. Seul un enfant de son sang pouvait la ressusciter, et seul un enfant de son sang pouvait lui permettre de mourir encore. « Pourquoi brutalisez-vous des corps qui, auparavant appartenait à des humains qui n’auraient jamais osé faire de mal? » demanda Hugo à sa mère pendant qu’un des défunts arrachait les entrailles d’un enfant qui était arrivé trop près du cimetière. La mère ne répondit point. Elle fit un geste de la main à ses gardes qui, suite à cet ordre visuel, foncèrent sur ses fils. L’escorte des enfants s’empressa de disséminer une fois de plus ces cadavres fragiles. Hugo s’avança vers Sophie, une pierre noire à la main, tandis que Victor récita la clef; «Que rien ne souffre au ciel, que jamais rien n’y change, Qu’il est doux d’y rentrer bientôt»1. La lueur que Sophie dégageait s’étouffa graduellement tandis que la pierre devint étincelante et blanche. L’image de leur mère disparut. Quelques instants plus tard, la pénombre s’évanouit, amenant avec elle les trépassés dans leurs tombes respectives. Au journal du lendemain, lorsque les citoyens auront constaté les cercueils déterrés, on lira que lors d’une soirée d’Halloween, quelqu’un « en avait peut-être fait un peu trop pour épater la galerie ». Le lendemain, Victor et Hugo pleureront la quatrième mort de leur mère. Ils espéreront en vain qu’un jour Sophie redevienne ce que Sophie était.

1. « À la mère de l’enfant mort », Victor Hugo.

Brève analyse de la brève

Mon style d’écriture a dérivé vers quelque chose de moins formel, de plus familier. Un style d’écriture qui assume plus la culture québécoise. Aussi, dans cette brève, on peut voir qu’il manque un peu d’émotions, mais les descriptions sont plutôt justes. J’ai pris l’habitude de tenter de solliciter les 5 sens des lecteurs et de leur offrir une expérience plus riche en émotions. Cette brève est tout de même une belle première expérience et j’espère que vous avez pu en apprécier la lecture!

Joyeux Halloween!

 

Processus de création littéraire – La préparation

Processus de création littéraire – La préparation

Douze heures de travail physique dans le corps, il cogne à la porte de sa maison, sachant que sa douce moitié s’y trouve. Aucune réponse. Cela arrive. «Elle peut être absorbée par un livre ou bien en train de jouer à des jeux vidéo». D’un geste las, il débarre la porte. Constatant le fouillis, il s’enquiert: «Withney… ça va? Qu’est-ce qui se passe?» 

Il se passe que j’étais en train de créer une histoire! Je n’écrivais pas ladite histoire, mais je préparais toutes les composantes de son univers.

Il est connu que certains auteurs parviennent avec une simple idée générale, un concept plus ou moins précis, à écrire directement leur premier jet. De mon côté, j’ai expérimenté ce processus de création à quelques reprises et j’ai remarqué que certaines sphères de l’histoire s’avéraient déficientes. Il me fallait donc retravailler le projet d’écriture à chaque fois que je constatais qu’une sphère méritait plus d’approfondissement et au final, ça pouvait quand même donner quelque chose de bien. Je pense qu’en s’organisant, on prévient un peu que le récit ne devienne un capharnaüm1. Il s’agit bien entendu d’un avis personnel; certaines personnes n’arrivant tout simplement pas à cogiter une histoire sans la coucher directement sur papier. Bien entendu, avant toute chose, il faut être inspiré.

Pour vous donner des idées, en cliquant ici, vous retrouverez un article qui explore certaines sources d’inspiration.

Une fois inspiré, on s’organise!

Brouillon / Brainstorming

img_20160930_123406110_hdr1Le brainstorming peut prendre plusieurs formes! Même si je n’en ai peut-être pas l’air puisque je suis une personne très organisée et terre-à-terre, ce sont les couleurs et les dessins qui me permettent de mieux «évacuer» mes idées sur papier (voir photo). Bien que l’ordinateur soit un média plus traditionnel et efficace, je le trouve personnellement froid et sans âme! Sur plusieurs feuilles, je dessine et j’écris mes idées avec différents codes de couleurs. Toutes ces idées s’organisent par thèmes. On y retrouve, entre autres, les points suivants:

  • Type narratif : qui raconte l’histoire? Y-a-t-il une façon d’innover, de rendre le récit original au niveau de la forme? Dans Les Gokans – La beauté dans l’obscurité, un roman de ma collègue blogueuse Stéphanie Sylvain, le récit est raconté par un protagoniste de la culture nippone, qui est, de surcroît, un homme aveugle! Il s’agit là d’un défi de taille, mais également d’une idée plutôt originale que je n’ai vu nulle part ailleurs! Je tente toujours, lorsque faire se peut, de trouver un concept narratif qui se distingue.
  • Personnages: qui sont-ils?  (qualités, défauts, historique personnel, relations interpersonnelles, identité, âge, genre, description physique, buts et motivations). Même si toutes ces informations ne se retrouveront pas telles quelles dans le récit, cela m’aide à animer le personnage dans ses propos et dans ses actions.
  • Genre littéraire: quel style d’intrigue je veux exploiter? Science-fiction, fantastique, fiction simple. Axé sur le gore ou bien sur l’amour, par exemple? Répondre à cette question fort simple m’aide à donner un alignement général à l’histoire.
  • Règles ou concepts de l’univers: surtout si on sort de la fiction simple, si l’histoire se déroule dans un univers fantastique ou de science-fiction, quels sont les principes qui dictent cet univers? Selon moi, il faut s’assurer que tout collera ensemble et que tout sera cohérent.
  • Élément déclencheur: qu’est-ce qui fait que tout bascule et qui amène les protagonistes à être dans l’action?
  • Péripéties générales: quelles seront les actions clés de l’histoire?
  • Chapitres (optionnel): organiser chaque chapitre avec ses péripéties peut être une bonne façon de structurer l’histoire.

Ce processus, je le fais surtout lorsqu’il s’agit d’un long projet d’écriture. Lorsqu’il s’agit d’une brève, je passe souvent directement à l’étape suivante ou bien je commence ma réflexion de cette façon, mais je ne réponds pas nécessairement à tous les critères énumérés ci-haut avant de structurer ma pensée à l’aide de schémas (point suivant).

Organisation hiérarchique par ordinateur

 

capture-decran-2016-09-30-16-10-00Eh oui! L’ordinateur, c’est froid et ça manque peut-être un peu de magie, mais je ne rejette pas la technologie au point d’écrire sur papier la totalité de l’histoire. De plus, ce «brouillon, brainstorming» devient un peu chaotique, puisque j’y mélange les couleurs, les images et que cela se fait sur plusieurs feuilles. Après avoir laissé aller ma fibre artistique, j’aime bien réorganiser les informations recueillies dans ce brainstorming à l’aide d’un fichier Word. Ce processus de hiérarchisation peut aussi se faire à l’aide de différents logiciels. Vous devinerez qu’on ne peut pas rentrer toutes les informations dans une page 8 1/2 par 11. Il faut alors changer le format pour y contenir le plus d’informations possibles. Il est possible de faire un schéma pour chaque section verte. Dans tous les cas, l’information sera hiérarchisée de façon beaucoup plus claire. S’il s’agit d’un long projet d’écriture, je cours ensuite imprimer le tout et je l’affiche sur un mur en face du bureau où j’écris. S’il s’agit d’une brève ou d’une nouvelle, je garde le Word ouvert tout simplement lorsque j’écris. Cela me permet de me rappeler des grandes lignes importantes et de ne pas dériver au cours de l’histoire. Des ajustements peuvent toutefois être faits en cours d’écriture, mais ils doivent toujours être pertinents, réfléchis et contribuer à l’avancement de l’histoire!

Et après?

Après, on peut commencer à écrire une  ligne à la fois! Un futur article sur le processus de création littéraire expliquera mon procédé de rédaction et de révision. Car, bien que cela semble simple, une fois les idées en place, écrire n’est pas toujours tâche facile et la révision, quant à elle, s’avère toujours ardue et parfois même infinie!

J’espère que vous avez apprécié cet article et pour conclure, je vous lance une question:

«Et vous, comment procédez-vous pour organiser vos idées?»


1. Capharnaüm: un mot très fancy pour dire fouillis. C’est devenu un de mes mots préférés; non pas parce que ça sonne distingué, mais parce que je ne connais aucun autre mot qui ait une sonorité similaire!
Première étape du processus de création littéraire – L’inspiration

Première étape du processus de création littéraire – L’inspiration

Tout auteur a sa façon de créer une histoire et de la faire naître dans l’imaginaire d’autrui. Il y a autant de façons de penser et de créer des histoires qu’il y a d’humains… et probablement même plus! Le plus beau dans tout ça, c’est qu’il est possible de s’inspirer du processus de création des autres et de l’adapter à soi.

Cet article a pour but de recenser de façon bien personnelle mon processus de création littéraire. Sentez-vous libre de vous en inspirer! Puisque je suis gourmande et que j’aime bien manger, cet article sera fait sous la forme d’une recette de cuisine. Avant même de commencer à écrire, il faut, bien entendu, au moins un concept; des ingrédients essentiels pour une histoire succulente. Vous trouverez ici les sources de mon inspiration. À table!

Deux tasses d’un entourage créatif

Il peut s’agir d’un brainstorming avec une homologue écrivaine (tousse tousse, Stéphanie Sylvain), d’une conversation sur l’oreiller avec mon amoureux, ou bien de propos de certains collègues de travail; il est certain que lorsqu’on s’entoure de gens créatifs, il est beaucoup plus facile de créer des histoires.

 «Hum, si on vivait dans un monde inversé où, au lieu d’accoucher, on ferait rentrer les humains dans le ventre de leur mère à la fin de leur vie, ça donnerait quoi?»

– Mon amoureux

«Pendant qu’on jase, mon chien est peut-être en train de commander de la pizza tout en buvant du Whisky. Il regarde à l’extérieur en fumant son cigare, comme si c’était une télévision où les humains sont les acteurs»

– Une collègue de travail

Une façon de développer son réseau créatif est de faire des rencontres. Ça peut être dans un événement où la littérature est au premier plan (salon du livre, 24 heures d’écriture) ou bien à l’épicerie dans l’allée des produits ménagers. Des gens créatifs, il y en a partout. Il suffit des les trouver et de s’en entourer!

Une pincée d’environnement propice

Quand j’étais adolescente, nous étions quatre enfants et nous avions une toute petite maison délabrée. Je créais donc des poèmes en marchant dans le bois avec mon chien. Ceci dit, il m’est souvent arrivé de me perdre et ce Woodstock1 ne savait pas plus comment rentrer à la maison. Je vous suggère donc un lieu plus sécuritaire pour créer vos histoires. Personnellement, j’ai besoin d’un endroit calme où je peux réfléchir. Il m’arrive souvent d’avoir des idées dans le bain ou entre l’éveil et le sommeil. Quand mon environnement est propre et ordonné, mes histoires ont tendance à être plus cohérentes. Pour des nouvelles absurdes, le fouillis est étrangement de mise!

Trois kilogrammes d’œuvres d’autrui

La musique

Que ce soit pour ses paroles ou bien pour ses rythmes, de tout temps, la musique m’a toujours aidé à avoir des idées.

Prenez, par exemple, pratiquement toutes les chansons de l’album éponyme de Pierre Lapointe. En effet, un roi qui décide tout simplement de marcher sur sa tête parce qu’il en a son casque de marcher avec ses jambes, ce n’est pas quelque chose de très orthodoxe:

Qu’est-ce que tu dirais si j’étais debout sur ma tête?
Crachant sur les passants
Qui ne comprennent pas
Qui ne comprennent pas
Que je suis fatigué
Fatigué de marcher
Fatigué de souffler
Pour chauffer mon royaume
Mon bien trop beau royaume

Ou bien le groupe rock System of a down, dont la chanson Radio / Video, qui ne contient pourtant pas plus de 30 paroles différentes m’inspire par son style qui passe du métal à la mélodie douce.

Comment ne pas se sentir inspirée de ces œuvres marginales?

L’art visuel

Les artistes visuels ont également toujours façonné mon imaginaire. Les peintres célèbres sont une grande source d’inspiration. En effet, les oeuvres de Dalì, dont la célèbre horloge qui fond et le cubisme de Picasso me donnent beaucoup d’idées. Toutefois, je suis généralement plus inspirée par les artistes un peu moins connus mais qui sont des petits diamants cachés. En cliquant sur le nom des auteurs, vous serez dirigés vers leur page Facebook. Je ne pourrai tous les nommer, mais en voici quelques uns:

Marc Johns

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C’est beaucoup plus par l’esprit que par le trait du dessin que Marc John m’inspire. Ses oeuvres à la fois humoristiques et philosophiques nous amènent à penser à l’extérieur des conventions. J’ai choisi cette oeuvre, parce que bon, ça fait concept avec la recette… Et puis, aussi, avouez que vous n’avez jamais pensé à un éléphant avec des motifs à point qui vous tend une tarte.

Émilie Léger

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Émilie Léger est une artiste visuelle québécoise qui mixte bien souvent le numérique aux médias plus conventionnels tels que la peinture. À quoi cette image vous fait-elle penser? Tout se décompose. On y voit à la fois la détresse et la détermination. L’espoir et le désespoir. La naissance d’une fin du monde à couper le souffle. Très inspirant!

Leonid Afremov

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La couleur et les mouvements des œuvres de Leonid Afremov m’émeuvent. Je peux passer des journées presque complète à regarder ces peintures sans jamais me lasser. Chaque toile semble me raconter une histoire. Je dirais que le plus prenant dans ces toiles, c’est qu’elles suscitent en moi une émotion forte et de mon côté, les émotions m’aident à trouver des concepts et à créer des personnages attachants.

VeroniKaH

VéroniKaH est une artiste qui m’inspire par son sens de l’esthétisme, sa capacité de susciter une émotion par ses toiles, mais aussi par son vécu en tant qu’humaine sur cette Terre où la vie est à la fois belle et difficile. VéroniKaH ne cherche pas la perfection, elle cherche l’expression artistique avant tout. Pour l’avoir rencontré, c’est une artiste chaleureuse et passionnée. Toute l’énergie qu’elle consacre à créer des oeuvres émouvantes me donne la force de persévérer en tant qu’auteure.

L’art cinématographique

Les séries d’animation japonaise, les séries plus conventionnelles, les courts et les longs métrages sont pour moi une source d’inspiration infinie. Les dialogues intenses des films de Quentin Tarantino ou bien une histoire bien ficelée signée Tsugumi Ōba; que d’ingrédients pour s’inspirer!

Les écrivains… Et oui!

Quand on a le satané syndrome de la page blanche, rien de mieux que de se taper quelques bouquins ou bien quelques nouvelles littéraires. Pas pour les copier, bien entendu, mais pour stimuler l’imaginaire….

Un monde qui a la forme d’un disque2, une histoire d’amour de zombies3, des fées qui vivent sous terre et qui sont dérangées par un jeune génie fringant4, un tueur en série qui dévorent ses victimes5, une nymphomane qui meurt en faisant une fellation à un géant6, un monde où on enterre des nouveau-nés pour faire fleurir les plantes7, une fleur qui pousse à travers le bitume8

Tant de choses qui peuvent stimuler des concepts parallèles!

Je dirais, plus que toutes autres sources d’inspiration, la littérature est riche pour l’écrivain, en ce sens qu’elle nous propose à la fois des concepts, mais également des structures d’histoires, de phrases, des types narratifs, des genres littéraires, des figures de style… Et j’en passe! Un écrivain pertinent, inspiré et inspirant enrichira toujours ses connaissances en lisant. Du moins, c’est mon avis!

Bref…

Une fois tous les ingrédients réunis, on peut commencer à organiser une histoire; un gâteau exquis qui n’aura pas d’égale et qu’on ne pourra reproduire. Je traiterai de la préparation dans le prochain article que je publierai. Et vous, qu’est-ce qui vous inspire? Qu’est-ce qui vous permet de créer? Que ce soit des histoires, des peintures, des concepts, des codes, des activités… Qu’est-ce qui vous inspire?


1. Quand t’as des parents un peu hippie, tu t’appelles Withney avec une faute dans ton nom tandis que ta langue maternelle est le français et ton chien porte le nom d’un lieu de débauche.
2. Terry Pratchet. Les annales du disque monde.
3. Isaac Marion. Vivant.
4. Eoin Colfer. Artemis Fowl.
5. Concept exploité ici dans plein de bons livres (et de mauvais).
6. Patrick Senécal. Oniria.
7. Ariane Gélinas. Le sabbat des éphémères.
8. Charles Baudelaire. Les fleurs du mal.