Un coup de carte dans le syndrome de l’imposteur

Un coup de carte dans le syndrome de l’imposteur

Le tapis rouge se dresse droit devant, attaqué par les flashs des caméras et le bruit de la foule déchaînée… Bien entendu, ce n’est pas le tapis qui cause autant d’émoi, mais bien les dizaines et les dizaines d’auteurs qui y marchent et qui sont à mi-chemin entre la célèbre Chrystine Brouillette et une ado qui se meurt d’envie d’avoir de l’attention sur Facebook.

Nu pieds, je marche sans assurance, le corps un peu courbé, derrière une écrivaine aux longs cheveux frisés, par peur de recevoir des tomates. « Quoique ça fitterait bien avec le tapis rouge », me dis-je en tentant de dissimuler par l’humour le malaise palpable que j’éprouve à l’instant.

Est-ce vraiment une bonne idée?

Le syndrome de l’imposteur me pogne le cœur alors que je soumets l’ébauche de cette carte d’affaire qui témoigne de ma prétention absolue d’être une « écrivaine ».

Écrivaine… *Longue réflexion*. Je change le terme : auteure d’histoires. C’est déjà moins malaisant, pour quelqu’un qui n’a jamais publié de livres. Et pourquoi pas un jeu de mots qui manque un peu de finesse? Ça fait très « moi » cette « carte d’affaire » finalement.

carte-blog

Je regarde le tout. C’est loin d’être parfait, mais si ça l’était, ce serait moins « moi ». Je ferme les yeux et je pèse sur le bouton pour confirmer ma commande. C’est fait.

Il faut bien trouver une façon de se créer un réseau littéraire! Et pour ce faire, quoi de mieux que d’aller dans les salons du livre afin d’avoir de longues discussions avec des éditeurs/éditrices et des auteur-e-s? Et pourquoi ne pas poursuivre cet échange à un autre moment, autour d’un bon café? On sème une carte pour faire pousser le dialogue.

Écrire son nom et son numéro, au coin d’une table, sur une napkin, ça n’a rien de glorieux. Surtout quand la personne à qui tu la remets se mouche avec par inadvertance dans le métro.

Quoique je salue ceux qui le font, je les invite tout de même à se procurer une petite carte d’écrivain. Comme ça, je me sentirai moins seule et puis, on fera communément « moins dur ». Qu’en pensez-vous?

La vie d’auteur : une vie en 2 dimensions

La vie d’auteur : une vie en 2 dimensions

Il y a une chose que vous allez réaliser si vous jasez avec un auteur : ils vivent tous une double vie tels des superhéros qui sont P.D.G. le jour et justiciers la nuit. Pour la plupart d’entre eux, il n’a jamais été possible de gagner assez d’argent pour pouvoir subvenir à leurs besoins. Dans leur vie s’installe donc un genre de deuxième dimension. Cette dimension divise leur quotidien en deux, une sorte de fissure entre deux univers parallèles.

Tout d’abord, il y a la vie ordinaire que nous connaissons tous. Souvent un horaire de 9 à 5 dans un métier bien défini. Les auteurs les plus dévoués sont parvenus à  rattacher leur carrière professionnelle au monde de l’écriture avec des domaines comme l’enseignement ou le journalisme.

Puis, il y a la seconde dimension qui commence. C’est ce qui rend ces gens si spéciaux. Tous des Batman ou des Spider-Man de la vie moderne si vous voulez mon avis. Après leur journée de 9 à 5, ils commencent leur rituel de fin de soirée ou de fin de semaine : l’écriture bat son plein. C’est donc pour dire qu’ils vivent une double vie.

Et dans cette deuxième dimension, le temps s’écoule à une tout autre vitesse. C’est un endroit où le temps passe plus lentement. Un lieu où l’été, puis encore l’été défile sans que l’auteur ne soit encore satisfait de son texte. Un lieu où il peut se passer 365 jours avant qu’un éditeur arrive à parcourir le premier chapitre précédemment envoyé.  Où l’espoir et le désespoir se côtoient sans arrêt.

Je m’en suis rendu compte pour la première fois quand j’ai répandu autour de moi l’idée que j’avais achevé un manuscrit. Chaque fois que je revoyais les personnes informées, celles-ci me demandaient une date de publication. Au tout début, je leur répondais des choses comme : «Peut-être bientôt! Qui sait?» Et puis, cette réponse est tranquillement devenue : «Tu seras le premier informé lorsque ça viendra.»­ Et puis c’est tout… Le temps s’est figé dans cette dimension pour cedit manuscrit.

Enfin bref, l’important est de continuer la lutte contre l’inertie. Il faut donc que je m’acharne sur un nouveau projet. Après tout, on nous dit toujours que d’attendre après quelque chose ne fait que retarder son arrivée.  Aucune de mes mauvaises nuits, de mes larmes ou de mes plaintes sur ce blogue (désolé tout le monde) ne changera le destin de mes manuscrits. Mais c’est avec la même détermination folle qui m’a poussée à écrire un roman, il y a maintenant 6 ans de cela, qui va me permettre d’en faire un deuxième, puis un troisième. Allons-y avec le tout pour le tout! C’est ainsi que s’écrivent les meilleures histoires.

Chronos, maudit sois-tu!

Chronos, maudit sois-tu!

Permettez-moi de vous faire une petite vidange de sac. Il y a trop longtemps que je me dis : «Ça va aller mieux demain. Tout va s’arranger!» Et puis, finalement, c’est Niet-Nada. Un constat s’impose : j’ignore comment les autres font pour gérer leur temps, mais moi, je n’y arrive tout simplement pas. C’est comme si la vie me prenait tout. Il y a toujours autre chose à faire qu’écrire. Les soirées passent tellement vite, les trajets de métro entassés au sein d’une foule amorphe se succèdent, sans parler des heures de lunch où l’on a envie de tous sauf de se creuser la tête à inventer le prochain best-seller.

D’un autre côté, l’ambition ne manque pas : concours littéraires, projets éditoriales, un poème pour mon chéri, une séance de dédicaces. Sans oublier la dernière lubie: un blogue littéraire pour vous partager mes folies avec l’aide de ma partenaire d’écriture, Withney. Des projets en veux-tu, en v’là! Mais d’où viennent toutes ces idées d’hurluberlus?

C’est-à-dire que, par les temps qui courent,  je me sens comme un spectre perdu dans un autre espace-temps. Hé oui! Je n’ai pas donné signe de vie depuis un bon bout de temps déjà. Toutes mes excuses. Sachez que ce n’est pas de ma faute, mais celle de Chronos, le Dieu du temps. C’est lui qui fait disparaître les poussières de temps où je me consacre à l’écriture. Oui, oui, je vous le jure! Je l’ai même vu une fois à l’oeuvre. Alors que je m’étais décidé à participer à un concours littéraire, j’ai vu les journées passer au galop alors que ma nouvelle, elle, avançait à pas de tortue. Et, alors même que je me donnais un coup de pied digne de ce nom pour remettre à temps le fruit de mon travail, la semaine est arrivée et j’ai complètement délaissé les quelques pages qu’il me restait à rédiger pour me consacrer sur tout le reste. Lorsque j’ai jeté un coup d’œil du côté de mon clavier, il m’est même arrivé de voir Chronos danser sur les touches en riant aux éclats. Maudit sois-tu!

 

Six mois ou quinze minutes

Six mois ou quinze minutes

Vendredi soir, 19h05. Deux amies écrivaines qui ont trop mangé, un divan excessivement confortable, un manuscrit plutôt marginal et l’absence d’alcool pour noyer leurs peines : le pronostic est sombre, mais le duo est tout de même optimiste.

« Ça ne sera jamais parfait. Il y aura toujours des fautes. C’est comme les bas qui disparaissent dans la sécheuse: on les trouvera probablement jamais. Faut lâcher prise un moment donné. Maudit qu’on est pas bonnes là-dedans toé pi moé

On a lu.
On a relu.
On a ajouté des concepts.
On a re-relu.
On a fait lire.
On a eu des commentaires.
On a écouté nos lecteurs.
On a ajouté, enlevé, modifié.
On a re-re-relu.
On a corrigé.
Recorrigé.
Re-recorrigé.
On a fait lire.
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Y’est temps en maudit.

Sur cette pensée philosophique remplie de sagesse, on s’organise un Googledoc où on fait une liste des maisons d’éditions potentielles qui pourraient éditer le manuscrit qu’on a à offrir. À offrir, rien de moins! Il faut tout de même avoir un peu confiance. Il suffit de trouver la maison d’édition qui s’arrime bien à notre projet et qui aura le marché, la disponibilité et le courage de le publier. Alors on fait un beau tableau à colonne, on classe les éditions, on détermine qui se chargera de quel envoi.

Dans ledit Googledoc, pour se préparer à une éventuelle finalité, on crée une page avec les titres « Acceptation » et « Refus ». Avec une naïveté optimiste et sans trop grand sérieux, j’inscris sous « Acceptation » : Y’en aura plein ! Et sous « Refus » : Ça n’arrivera pas voyons!

Tandis qu’on est côte à côte, autant en profiter. On choisit une maison d’édition en laquelle on a espoir. Nos regards s’illuminent, comme ceux de Scrat lorsqu’il arrive à mettre les yeux sur une noix exquise, celle qui saura étancher sa faim et son insécurité émotionnelle constante2 .  On prend un bon moment ensemble pour aiguiller notre lettre de présentation, étudier l’édition et s’assurer que nous avons fait le bon choix.

Pas besoin d’imprimer, la chance est avec nous 3 : l’éditeur accepte les manuscrits par courriel.

On écrit un courriel.
On joint la lettre.
On regarde si on a joint la lettre.
On reconfirme qu’il s’agit de la bonne pièce.
On relit pour s’assurer qu’il n’y a pas de fautes.
On re-relit.
On re-regarde la pièce jointe.
On corrige.
Nos cœur battent fort.
Boom boom boom.
Boom boom.
Boom.
On se dit qu’on devrait appuyer sur « Envoyer »
Une goutte de sueur perle sur mon front.
On re-re-relit.
(…)
Boom boom boom.
Boom boom.
BOOM.
Envoyé.

22h15. C’est faite. On aura la réponse dans six mois si on est chanceuses. Un an si on l’est moins. Il faut accepter cette réalité là quand on envoie nos romans. Les maisons d’édition ont tellement d’ouvrage et travaille tellement avec assiduité et acharnement pour répondre à tout le monde. On chiale même pas là-dessus. On le sait. On vit avec.

Le manuscrit est envoyé. On a une baisse d’énergie… On regarde notre écran avec fascination. 6 ans d’ouvrage. Envoyé. Bon, on peut rationaliser. Il y a eu des pauses de six mois, même d’un an. Mais quand même,… 6 ans de travail en un seul clic.

22h30. Un son en 8-bit de la monnaie dans la série de jeux Mario Bros. résonne dans nos oreilles. Un courriel. On regarde. Mais… mais… contre toute attente à cette heure tardive, c’est l’éditeur!

« C’est sûrement une réponse automatisée Stéphanie, faut pas trop s’en faire», dis-je avec peur dans l’instant que l’ordinateur et les internets 4 prennent pour charger la page.

Refusé.

On se regarde. Je dirais même qu’on s’étudie du regard. Doit-on en rire ou en pleurer? Nous éclaboussons de rire. Quelle déception, mais quelle situation farfelue!

«Peut-être que cet éditeur a décidé qu’il nous fallait une anecdote à raconter», se dit-on.

On modifie tout bêtement le Googledoc pour inscrire sous «Refus» le nom de ladite édition, avec un petit mot d’encouragement «Ouin, ça peut arriver, on lâche pas».

Nous n’en voulons aucunement à cet éditeur qui savait pertinemment quel type de roman il cherchait à ce moment-là. Et sans aucun doute, il ne s’agissait pas du nôtre.



1. Tentez de continuer la série à l’aide du théorème de Euler, si cela fait du sens pour vous. Ou si cela fait du sens tout court.
2. Mettez en commentaire votre analyse psychologique concernant les besoins que Scrat tente de combler par son obsession alimentaire, si cela fait du sens pour vous. Ou si cela fait du sens tout court.
3. À ne pas confondre avec la Force.
4. Source : une matante Manon de quelque part dans le monde.

Filles de joual : le plaisir de lire et d’écrire au Québec

Filles de joual : le plaisir de lire et d’écrire au Québec

Bonjour à tous et à toutes !

Nous sommes extatiques de vous présenter notre modeste blog littéraire avec une touche d’humour! Nous sommes deux québécoises mordues d’écriture depuis plusieurs années. Nous ne sommes pas des écrivaines de renom, mais nous avons envie de partager cette passion avec vous.

Vous aurez plusieurs rôles en tant que lecteurs. Entre autre, vous serez les témoins de nos larmes de peine et de joie qui viennent avec la pratique de l’écriture (faire sa place). Parfois, vous aurez le rôle de confident et sur vos épaules, on se videra le cœur sur toutes sortes de sujets (le défouloir).  Une fois de temps en temps,  vous serez les dégustateurs de nos textes parfois journalistiques, parfois fictifs (journaliste d’un soir, la p’tite vite).

Nous espérons que ces rôles vous plairont et que vous serez nombreux à commenter nos articles.

Au plaisir !

Stéphanie Sylvain & Withney St-Onge