Un petit guide sur la série COBAYES

Un petit guide sur la série COBAYES

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Qu’est-ce que la série COBAYES?

La série de livres COBAYES, publiée par la maison d’édition de Mortagne, est composée de 7 livres d’horreur québécois parus entre 2014 et 2016. Les histoires sont toutes indépendantes les unes des autres; vous pouvez alors vous aventurer à n’en lire qu’une ou bien à toutes les lire, dans l’ordre ou le désordre. C’est à votre guise!

Chaque livre raconte l’histoire d’un participant à l’étude clinique d’Alphalab, un centre de recherche testant la molécule de la Chlorolanfaxine, publicisée comme étant un potentiel remède aux dépendances et aux troubles anxieux. Le lecteur comprendra assez rapidement qu’il s’agit en fait d’une molécule qui éveille plutôt l’agressivité et les instincts meurtriers des participants. Une prémisse plutôt intéressante!

Vous aurez compris en regardant les premières de couverture que COBAYES est un acronyme pour les noms des protagonistes de chacun des livres:

Cobayes Cédric
Cobayes Olivier
Cobayes Anita
Cobayes Yannick
Cobayes Elliot
Cobayes Sid et Sarah.

C’est assez accrocheur!

Les hauts

Le design et la publicité entourant les romans

Avant de s’aventurer dans les points les plus importants, commençons par dire ceci: quelle belle série!

Ce n’est pas via le bouche à oreille que j’ai entendu parlé de cette série de livres, mais bien en rêvant dans un Renaud-Bray. Cette série de 7 romans est difficile à manquer, avec ces premières de couverture blanches tâchées de sang. Je ne suis toutefois pas du genre à acheter impulsivement. J’ai donc regardé sur le site de l’éditeur et j’ai été vraiment surprise de voir toutes les vidéos promotionnelles. Leur campagne publicitaire est vraiment accrocheuse et je trouve le design épuré, gracieux et percutant. Ça fait bien beau dans ma bibliothèque!

L’accessibilité de la langue

Puisque la narration est interne, au présent et qu’elle se passe de nos jours, la lecture est accessible à tous, autant aux lecteurs aguerris qu’aux novices. Un vent de fraîcheur!

La cohérence entre les histoires

Bien que les histoires peuvent être lues séparément, on peut facilement s’amuser à reconnaître les participants qui se croisent d’une histoire à l’autre et on identifie rapidement les personnages récurrents, comme le Dr. Williams, maître de l’étude clinique ou bien Jessica, l’aimable secrétaire d’Alphalab. C’est donc du regard d’un participant qu’on pourra en voir un autre, les clins d’œil étant intéressants et marquent une cohérence plutôt épatante pour une série de 7 tomes.

La diversité & l’originalité de chaque roman

Aucune histoire ne se ressemble. On pourrait avoir peur des récurrences ou voir un pattern se répéter, mais toutes les histoires sont vraiment uniques. Les personnages sont tous très différents les uns des autres, leurs motifs pour participer à l’étude clinique aussi et le résultat final est presque toujours étonnant. L’intrigue est presque toujours captivante et les histoires, des plus tordues!

Les bas

Frustrations quant à l’intrigue

Par la nature même de la série, il fallait s’y attendre: beaucoup de questions restent sans réponses lors de la lecture des romans. Et ce n’est pas parce qu’on en lit plus qu’on en sait plus sur les desseins de l’organisation qui commande ces études cliniques. Il faut donc entrer dans l’aventure en étant bien averti; ce n’est pas en lisant plus de romans qu’on en découvrira plus sur le Dr. Williams et sur Alphalab. Heureusement, pour remédier à ce problème, les éditions de Mortagne propose tout de même un chapitre final. Ce dernier n’apporte toutefois pas, selon moi, des précisions satisfaisantes. En bref, il manque de chair!

J’aurais tout de même préféré que les romans aient un ordre et qu’on puisse en apprendre toujours un peu plus, d’un roman à l’autre, sur tout ce qui entoure Alphalab. Je trouve que l’intrigue est limitée et que le chapitre final est décevant.

Mais c’est compréhensible…

Je comprends toutefois le choix éditorial; il est beaucoup plus risqué financièrement de vendre sept livres qui se suivent que sept livres indépendants. Les lecteurs ont souvent peur de s’aventurer dans une quête aussi longue qu’est la lecture de sept romans et pourraient décider de n’en acheter aucun. C’est peut-être ce choix éditorial qui m’a permis de découvrir des auteurs excessivement doués. Ainsi, je peux comprendre ce choix et c’est en l’acceptant qu’on arrive à être captivé par la série.

Gore ou horreur?

Le gore est toujours présent, d’un roman à l’autre, mais l’horreur, elle, n’y est pas toujours. Comme je le répète souvent, l’horreur, c’est beaucoup plus que la description d’une scène de torture. Ça n’enlève rien aux romans qui sont plutôt bons, mais au-delà du dégoût, en lisant ces romans, j’aurais aimé aussi ressentir la peur; peur pour les personnages, peur pour le protagoniste. Si on avait un parallèle à faire avec le cinéma, ces romans me semblent plus proches de Décadence que d’Activités paranormales. Ma préférence va au dernier type de film d’horreur.

Mais… tous les goûts sont dans la nature et ça ne s’applique pas à tous les livres!

Livres…québécois ou français?

J’ignore s’il s’agit d’un choix éditorial ou bien s’il s’agit seulement de quelques auteurs parmi les sept qui écrivent de cette façon, mais je suis un peu perplexe face à l’utilisation de la langue. Les livres se déroulent au Québec, ça on le voit bien. Alors pourquoi des personnages nés au Québec, ayant des familles d’origine québécoise, utiliseraient des termes typiquement français comme « chiffe molle »?

La série est parsemée bien souvent d’une alternance entre l’expression québécoise de la langue et l’expression typiquement française, ce qui m’a rendu un peu confuse lors de la lecture. Et je sais bien qu’on peut venir de France et habiter au Québec, ou bien venir du Québec et côtoyer beaucoup de Français et en venir qu’à utiliser leurs expressions, mais ce n’était pas le cas des personnages. « Du coup », cette utilisation de la langue ne me semble pas justifiée.

Mais…

C’était peut-être agaçant, mais c’était parfois « marrant ». J’aime bien les expressions françaises en général, même si elles n’avaient peut-être pas leur place ici.

Un tableau de la série

Et pour vous aider à faire le choix de quel livre lire en premier, voici un petit tableau résumé de la série. Bien sûr, cela n’est pas à 100% objectif; il s’agit de ma perception de chaque roman.

Je crois que les titres de la majorité des colonnes se passent d’explications. Toutefois, je désirerais attirer votre attention sur la colonne ! Avertissement !

Le but de cette colonne est d’avertir le lecteur de la présence de thème qui sont délicats et anxiogènes pour certaines personnes. Vous pourrez alors vous lancer dans la lecture en étant avertis, ou bien vous pourrez tout simplement éviter certains romans.

J’ai émis les avertissements seulement quand il y avait des scènes explicites reliées à ces thèmes et non uniquement la mention du thème ou de phrases plutôt génériques associées au thème.

Vous verrez, en consultant ce tableau, que j’ai bien aimé la série en général et je vous la recommande donc chaudement.

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Conclusion

En bref, j’espère que cet article vous aura permis d’avoir une bonne idée de la série COBAYES que je vous invite à explorer. Si c’était à refaire, je les commanderais quand même tous et les lirais tous également. Il est normal de ne pas aimer tous les livres à la même intensité et c’est par ces différences d’intensité qu’on réussit à apprécier les livres qui nous donnent le plus de sensations.

À chaque premier dimanche du mois, nous publierons une critique détaillée sur un des livres des cobayes.

Restez à l’affût! Bonne lecture!

Cordiale invitation au lancement du livre Portrait de Montréal

Cordiale invitation au lancement du livre Portrait de Montréal

Portrait-de-montréal

Nous serons présentes au lancement du Livre Portraits de/of Montréal​ ce samedi, 20 mai 2017. Par le fait même, nous vous y invitons et espérons fortement que vous serez des nôtres!

Voici un descriptif de Portraits de Montréal, tiré de leur page Facebook :

« Inspirés par le travail du photographe New-Yorkais Brandon Stanton, nous arpentons les rues de notre ville, à la rencontre des Montréalais et de leurs histoires. Plus encore que la photo, c’est la conversation qui nous intéresse : nous souhaitons établir une relation humaine entre les individus – que notre société nous a formé à appeler « étrangers » – en écoutant leurs histoires, et en permettant aux autres de les découvrir! »

Ce sera donc l’occasion de se procurer un exemplaire physique de cette expérience sociale plutôt intéressante!

Ayant habitée en campagne, à Montréal et maintenant en banlieue de la banlieue, en Montérégie, je remarque que les mœurs sont bien différentes. Ici, à Beauharnois, on se salut quand on se croise dans la rue. Quand on ne connaît pas la personne directement, on hoche la tête, comme pour dire « je t’ai vu et je te souhaite une belle journée, humain ». Tout le monde connaît l’histoire de tout le monde, ou presque. Certains citoyens ont même des surnoms et les coiffeuses et coiffeurs connaissent tous les potins.

À Montréal, je ne connaissais que rarement le nom de mes voisins, parce que c’est comme ça. Ce sera donc un livre québécois à se procurer pour en connaître davantage sur l’histoire des Montréalais qu’on croise et qu’on ne salut que peu souvent, par peur de briser une norme sociale non-écrite!

Il reste quelques billets, si vous avez envie de venir! C’est gratuit, mais il faut quand même réserver. Cliquez ici pour réserver!

Si vous ne pouvez pas venir et si le projet vous intéresse, nous vous invitons à suivre la page Facebook en cliquant ici.

Le livre est également disponible en librairie.

Au lancement, il y aura toutefois possibilité de rencontrer auteur, photographe, Montréalais, participants. Une expérience sociale mystérieuse nous sera également proposée et il y aura des petites bouchées =).

Bien hâte de vous y voir!

À samedi!

Écorché de la Maison des Viscères

Écorché de la Maison des Viscères

CouvertureEcorche2

« Écorché » est la première oeuvre de la Maison des Viscères dont j’ai fait la lecture et je peux sincèrement dire qu’elle m’a donné envie d’en découvrir plus sur cette maison d’édition de l’horreur québécois! Ce n’est pas compliqué: j’ai commandé tous les livres parus à ce jour. L’éditeur de cette oeuvre est l’auteur de Jardin de chair, Frédérick Raymond. Ses auteurs talentueux sont Ariane Gélinas, Jonathan Reynolds et Pierre-Luc Lafrance.

Synopsis

Écorché est un recueil de trois nouvelles axées sur l’horreur. Le gore y est progressif, mais l’ambiance glauque et stressante est présente tout au long de l’oeuvre.

Rydia avec un L

Dans la première nouvelle, ayant pour titre « Rydia avec un L », un homme et une femme, qui partagent la même passion pour un personnage de jeux vidéo, lui rendront hommage pour une dernière fois. On se retrouve dans un univers réaliste et l’auteur, Jonathan Reynolds, fait beaucoup de références qui sauront faire sourire mes homologues geeks de ce monde. On retrouve l’aspect gore plus à la fin de l’histoire, mais tout au long du récit, on sent le mal-être des personnages  et on a un mauvais pressentiment qui pèse lourd.

La frontière dorée

La seconde nouvelle, La frontière dorée, composée par Ariane Gélinas, est beaucoup plus imprégnée du gore et l’ambiance est inquiétante. Un bandit semi-retraité s’aventure dans un village où la vengeance d’un peuple qui désire reprendre leur territoire s’abat. Au rendez-vous: une ambiance western, des morts par centaines, des humains à peine vivants et des créatures fantastiques. L’écriture est beaucoup plus soutenue, mais cela se justifie, entre autres, par le fait que le narrateur soit externe, tandis que Reynolds utilise une double narration au « je ».

Ce n’est pas un conte de fée

Et la toute dernière nouvelle a une saveur d’Oniria, de Patrick Senécal, mais n’en est en rien copiée. Il s’agit de « Ce n’est pas un conte de fée » rédigée d’une main de maître par Pierre-Luc Lafrance. Et là, si j’étais un peu assoiffée de scènes tordues, j’en ai eu pour mon pesant d’or. Un haut fonctionnaire vient visiter un laboratoire dont la mission est de réhabiliter des psychopathes en remplaçant certains souvenirs de ces derniers par des contes de fées. Quelle idée géniale!

Les hauts

Pour le lecteur qui n’est pas habitué à l’horreur, le gore est progressif: très peu explicite dans la première nouvelle, et dans la dernière, c’est le tout pour le tout. Je pense bien que le lecteur a le temps d’encaisser la progression.

Dans chacune des nouvelles, on retrouve un genre différent: univers réel, fantastique et ensuite science-fiction. Cela permet au lecteur d’être toujours agréablement surpris et rafraîchi par les récits tous très différents.

L’écriture est impeccable et fluide. Les figures de style sont intéressantes, parfois recherchées, sans que cela ne soit apparent. Et que dire de l’illustration de la page de couverture: magnifique!

Les bas

Je crois que ce livre a les défauts de ses qualités. Les récits sont tellement différents les uns des autres que tout ce qui les lient ensemble réellement, c’est l’horreur. J’aime personnellement quand il y a un thème un peu moins large et des clins d’oeil entre les histoires, ce qui serait impossible dans ce cas, car les univers sont tous trop loin les uns des autres.

En outre, avec une telle couverture et avec une maison d’édition qui se nomme « La Maison des Viscères », je m’attendais à quelque chose d’un peu plus gore. Je crois toutefois que pour la majorité des gens, le gore est très bien balancé.

Le livre est très court (100 pages). On en voudrait quand même encore plus… Et surtout, on voudrait connaître la fin de la dernière histoire, qui se termine dans le doute.

Appréciation générale

Je vous le recommande chaudement si vous aimez l’horreur. L’horreur, ce n’est pas que des jambes qui se font arracher et tombent en lambeaux, c’est aussi la peur, le sentiment que tout peut basculer, l’envie de gruger nos ongles durant la lecture et la boule dans la gorge causée par l’inquiétude. Et on retrouve tout ça dans « Écorché ». Voici un lien pour vous procurer les bouquins : https://recits.visceres.com/. Bonne lecture!

L’Aquilon de l’édition les Six Brumes

L’Aquilon de l’édition les Six Brumes

img_20170107_134937335L’Aquilon: une novella passionnante qui se dévore en quelques heures seulement. Je veux définitivement en connaître davantage de l’auteur de ce petit récit. Non seulement j’ai eu la chance de découvrir un univers complet, mais j’ai également aperçu le talent de Carl Rocheleau, un auteur brillant, qui nous fait ressentir toutes sortes d’émotions grâce à sa façon bien personnelle d’écrire des histoires. Encore une très solide oeuvre des Six Brumes, une maison d’édition québécoise qui se voue corps et âme à la littérature de l’Imaginaire.

Synopsis

Ce livre est une dystopie critique d’un Québec où l’hiver est à la fois violent et éternel. L’Aquilon, je l’imagine comme un immense édifice de misère mal isolé où tous les personnages y habitent et tentent tant bien que mal d’y survivre. Tous à la fois à la fuite et à la recherche de quelque chose, les locataires nous racontent par leurs péripéties leur vie dans un enfer glacé. Je vous laisse le plaisir de lire une partie de la quatrième de couverture qui explique très bien le concept du roman:

« Summer imagine que l’immeuble où elle habite, l’Aquilon, est une grande maison de poupée. Douze chambres sur un seul étage. Il y a une personne dans chaque pièce et chacune a son histoire. »

Les hauts

À la toute fin du roman, on éprouve une grande satisfaction, comme si on avait terminé de boire une bonne tasse d’un café à la saveur recherchée et au réconfort absolu. Paradoxalement, on se sent aussi un peu triste que l’histoire soit terminée et quand on commence un nouveau livre, on recherche la même intensité, qu’on ne trouve que rarement ailleurs. Une petite perle!

En outre, j’aime bien que le livre soit construit de sorte qu’on ait accès à plusieurs personnages complexes, certains chapitres utilisant une narration au « je » et d’autres au « il ». On a l’impression de lire des nouvelles à la fois séparées les unes des autres, mais liées au même univers et avec des clins d’œil entre elles. L’histoire est ficelée de sorte qu’on n’a jamais envie d’en prendre une pause.

Finalement, j’aime bien la petite saveur de science-fiction. Rien de trop complexe; qu’un petit vent de fraîcheur dans le récit. Si vous n’êtes pas habitués de lire de la science-fiction, je vous recommande de commencer par cette histoire.

Les bas

Dans le livre, il y a deux chapitres qui racontent la même histoire, mais avec un point de vue différent d’un personnage à l’autre. En regardant certaines critiques, je vois que plusieurs personnes ont beaucoup aimé cet aspect. Bien que l’idée soit intéressante, de mon côté, j’ai trouvé ces deux chapitres redondants. Je crois qu’il y aurait eu une façon de raconter les mêmes événements de deux perspectives différentes sans que ce soit aussi répétitifs. De nature impatiente, j’avais même envie de sauter quelques lignes, sachant qu’il s’agissait des mêmes mots. Puisque certains autres lecteurs ont beaucoup aimé cela, peut-être qu’il ne s’agira pas d’un point faible pour votre lecture… Pour le découvrir, vous devrez le lire!

De plus, cela est mineur et c’est encore bien personnel, mais bien que le titre soit la pierre angulaire de tous les personnages, je ne le trouve pas du tout accrocheur. Le peu d’attrait que j’avais vers le titre du livre est la raison pour laquelle cela m’a pris autant de temps me le procurer. Cela ne m’incitait pas réellement à aller lire la description. L’Aquilon, c’est le Dieu des vents septentrionaux, et puis moi et les Dieux… on repassera! Et pourtant, ce petit chef d’oeuvre si savoureux n’a rien de spirituel!

Appréciation générale

On se sent reput, même s’il s’agit d’une novella: 96 pages d’une livre petit format, de la taille de ma main… et pourtant, entièrement satisfaisant! C’est à la fois doux et brutal. À lire absolument au chaud, sous les couvertes, sous risque d’attraper une hypothermie mentale. Le livre ne se vend que 5$ et il s’agit d’un 5$ bien investi. Bonne lecture!

Jardin de chair

Jardin de chair

Frédéric Raymond est sans conteste un des maîtres de l’horreur québécois. Ce n’est pas sans raison qu’il a fondé la Maison des Viscères. Cet article porte sur une de ses œuvres qu’il a adapté à plusieurs reprises: Jardin de chair publiée par la maison d’édition les Six Brumes. Jardin de chair: un livre d’horreur à la fois gore et psychologique. À lire loin de l’oreiller et de la nourriture! Je suis une fan finie de ce genre littéraire et j’espère vous donner envie de vous le procurer à la fin de cette petite critique bien personnelle.

Synopsis

Résultats de recherche d'images pour « Jardin de chair »Christabelle a faim. Une faim physique qui la répugne, mais qu’elle doit absolument combler : celle pour la chaire humaine. Dans ce roman sombre, on voit la décente aux enfers de cette femme pourtant bien intentionnée. Cannibale contre son gré, elle plonge dans une spirale la menant vers la solitude absolue.

«On a tous un jardin secret… et ça fait parfois du bien de le saccager. Le jardin de Christabelle respire la mort. Chaque joie y est engraissée par des cadavres. La vie s’y enracine dans la solitude. Comment fuir le spectre des remords?» (quatrième de couverture).

Les hauts

D’abord, le gore est d’une justesse impressionnante! À certains moments, les descriptions lèvent le cœur, mais juste assez pour qu’on continue de lire. Ce n’est jamais «trop» ou «trop peu». Le dosage du gore est un art difficile à maîtriser et dans cette oeuvre, l’auteur le maîtrise parfaitement. Les personnages sont authentiques, on croirait y voir de vrais humains, avec une conscience, de vrais émotions, des forces et des faiblesses. À un tel point que, sans s’en rendre compte, on devient un peu nous-même Christabelle, entourée de ces gens complexes. Je n’ai personnellement jamais été autant attachée à une cannibale! L’auteur maîtrise parfaitement l’art de l’écriture, en utilisant plusieurs figures de styles. Des métaphores, des personnifications, des analogies. Tout y passe sans que ce soit percutant, sans que ça détonne.

«Elle l’aimait trop pour lui faire visiter son jardin de mort, elle qui aimait autant la vie.» (p.92)

L’écriture est juste et tous nos sens sont interpellés. Il semble évident que l’oeuvre a été travaillé pendant des centaines d’heures pour en arriver à un tel résultat. L’auteur n’hésite pas non plus à assumer le fait qu’il est Québécois. L’histoire se passe au Québec, les personnages parlent «le québécois» sans en être des caricatures. Tout est bien dosé!

Les bas

Christabelle a 27 ans, mais quand elle parle de sa mère, elle l’appelle toujours «maman», comme le font si bien les enfants. Il ne s’agit que d’un exemple pour démontrer qu’on ne ressent pas que la protagoniste a l’âge qu’elle est censée avoir. Nous avons l’impression qu’elle est bien moins mature que sa meilleure amie, qui est pourtant de dix ans sa cadette. Cela ne gâche toutefois pas le récit; on se met quand même bien dans la peau de la protagoniste et on ressent ses émotions. Ce phénomène peut probablement être expliqué par le fait que la mère de Christabelle l’a toujours couvé au point où elle n’a probablement pas eu les occasions de vivre ses propres expériences. De plus, elle a vécu plusieurs traumatismes et n’a jamais pu réellement s’en confier à personne, ce qui pourrait expliquer le retard dans son développement personnel. J’en conclus donc que, si cela est volontaire, cela n’est pas évident pour le lecteur qui peut se poser des questions quant aux dires et aux agissement de la protagoniste relativement à son âge.

Finalement, le roman est très court. L’univers est intéressant et on aimerait pouvoir y vivre plus longtemps. Je ne sais pas vraiment s’il s’agit d’une faiblesse du livre, mais personnellement, j’aurais pris beaucoup plus de temps dans ce monde disjoncté!

Appréciation générale

Excellent livre, qui se lit tout d’un coup. Il faut aimer le genre horreur-gore-psychologique et ne pas avoir peur d’avoir des sentiments mitigés à la fin du livre. Somme toute, un roman exceptionnel que je recommande chaudement pour tout fan fini de l’horreur québécois!

L’inspecteur Specteur

L’inspecteur Specteur

Note: ★★★★☆

«Withney, avec ton sens de l’humour décapant, il faut absolument que tu lises l’Inspecteur Specteur!» m’ont supplié quelques personnes au cours de ma vie. C’est faite et… Wow! Quel roman! Écrit par Ghislain Taschereau, un des humoristes des célèbres Bleu Poudre, «L’Inspecteur Specteur et le doigt mort» est, selon moi, un chef d’œuvre sans prétention de la littérature québécoise. Mon objectif : vous donner envie de le lire suite à cette petite critique littéraire. Allons d’abord survoler l’univers du roman avant de vous donner mon appréciation plus détaillée.

Synopsis

Résultats de recherche d'images pour « L'inspecteur specteur et le doigt mort »

Un doigt coincé dans une boîte aux lettres accompagné d’un message bien personnel laissé à l’intention de l’inspecteur Specteur: voilà qui commence avec force la nouvelle intrigue du meilleur enquêteur de la galaxie. Le suspect veut mettre fin à la brillante carrière du protagoniste qui a troqué son âme au diable contre sa renommée. Avec l’aide du commandant Mandant et du Curé Ré, ce dernier percera le mystère de cette affaire avec brio et y découvrira des personnages encore plus grotesques.

Les hauts

Quel humour! Dès le premier chapitre, on se sent accroché car l’intensité de l’action est incroyable. Les jeux de mots sont brillants et l’auteur n’hésite pas à briser le quatrième mur pour nous faire part de ses remarques à l’aide de notes en bas de page. L’extrait suivant est assez éloquent à cet égard (Les Intouchables, 1998, p.15) :

On a beau être un héros, il est quand même laborieux de formuler une phrase complète après s’être aspergé l’estomac d’une bouteille de Maiissìshkh1. L’inspecteur Specteur réussit toutefois à ne pas échapper sa langue par terre en interpellant les barmans2.


1. Alcool à 90% à base de maïs et de navets pourris. Succulent.
2. Il n’y a qu’un seul barman. Mais par respect pour l’ébriété de Specteur, «barmans» est au pluriel afin d’appuyer la dualité oculovisuelle du héros à ce moment précis de l’histoire.

Les personnages sont attachants et très bien développés. De plus, il est plutôt intéressant de voir que la dualité «gentils/méchants» n’est pas clairement définie. Par exemple, le protagoniste, l’inspecteur Specteur, qui a vendu son âme au diable, est un alcoolo-déjanté très souvent en retard au boulot et avec une attitude assez agressive à l’égard de l’autorité. Malgré tous ses défauts, on en vient quand même à espérer qu’il s’en sorte! Mais est-il vraiment le «gentil» de l’histoire? Et je ne vous ai même pas parlé du Curé Ré qui consomme le vin sacré à des fins plutôt discutables…

Les bas (ou plutôt, le bas)

L’intrigue est accrochante, mais mon attention était plutôt axée sur l’humour et la forme du texte. L’histoire me paraissait donc plutôt secondaire. Bien que les personnages soient originaux et que l’intrigue soit bien ficelée, l’auteur ne réinvente pas la roue au niveau scénaristique. La légèreté de l’histoire peut toutefois être vue positivement; le lecteur ne se casse pas la tête pour comprendre et le texte se mange comme un gâteau triple chocolat cuisiné par maman. Miam! Seulement, tenez vous en pour dit: il ne s’agit pas d’une pâtisserie réalisée par un grand chef qui nous fait découvrir de nouvelles zones érogènes du palais!

Appréciation générale

Hilarant! Ce roman ne se lasse pas des jeux de mots et des commentaires bouffons. Si bien que, plusieurs mois après la lecture, on se rappelle davantage de la forme que du fond et il s’agit bien là de sa seule faiblesse. J’ai toutefois été enivrée par un texte aussi léger et accessible. Je vous le recommande avec ferveur! À lire pour vous reposer l’esprit, évaché tout croche dans votre divan, à la suite d’une longue journée de dur labeur.

«Aliss» de Patrick Senécal

«Aliss» de Patrick Senécal

3.5 Étoiles

AlissCela faisait bien plus de dix années que j’aspirais à lire l’intrigante appropriation du très célèbre roman « Les Aventures d’Alice aux pays des merveilles » faite par Patrick Senécal. Bien heureuse de ne pas avoir lu ce bouquin avant d’avoir gagné en maturité. C’est peu dire qu’il faut se préparer à cette lecture. Mais peut-on l’être réellement? Il s’agissait pour moi de ma première excursion dans l’univers senécalien et je peux aisément affirmer que j’en ai eu pour mon argent. Très certainement, ce livre décoiffe, il grafigne, nous triture l’intérieur. Ai-je apprécié ma lecture? Je dirais que beaucoup d’aspects non négligeables ont su retenir mon attention. Passons tout d’abord en revue son intrigue principale pour les rares personnes qui n’ont pas encore lu cet incontournable ouvrage des Éditions Alire inc.

Synopsis

C’est au sein d’une toile de fond typiquement montréalaise que le lecteur est catapulté dans un monde rocambolesque, excentrique, saugrenu comme il se doit. Aliss, une adolescente un peu rebelle, y apprendra à ses dépens que la recherche de sensations fortes occasionne parfois des débordements. À vouloir s’aventurer, on finit par s’engouffrer un peu trop loin. Déterminée à gagner son indépendance et, surtout, s’affranchir de ses parents, elle décide un bon matin de laisser tomber sa vie rangée pour s’installer seule à Montréal. Tout comme dans l’histoire originale, Aliss suivra un personange quelque peu déglingué pour finalement atterrir dans une communauté isolée. Cette dernière vit dans un quartier de Montréal accessible uniquement par métro. Aliss s’évertuera à s’y intégrer pour finalement réaliser que tous ses voisins ont quelque chose en commun : une folie déconcertante. La Reine Rouge les mènent tous par le bout du nez et Aliss est prête à tout pour faire sa connaissance.

Les hauts

Au sein d’un même roman, je n’avais jamais retrouvé avant une telle audace face à la mise-en-page et la manipulation des mots et des lettres. Leurs exagérations reflètent parfaitement l’image d’une Aliss enivrée ou bien simplement perdue dans un délire psychédélique. Mais c’est l’utilisation, on ne peut plus judicieuse, des différentes tailles de caractères qui donne à la prise de la fameuse pilule qui fait rapetisser et grandir Aliss qui donne tout son sens à ce véritable jeu littéraire.

… je jette des regards autour de moi… je cherche de l’aide… mais tout le monde a grandi… tout le monde est rendu si grand, si immense […]
— TU AS L’AIR TERRORISÉ, ALISS? Y A UN PROBLÈME?1

Dans un tout autre ordre d’idée, le plaisir de lire une nouvelle version d’une intrigue connue est bien évidemment d’y retrouver les ressemblances, les différences et de voir comment l’auteur s’y est pris pour réinterpréter ce qui a déjà été dit. Avec un plaisir fou, j’ai tenté d’associer les personnages que je rencontrais au cours du récit avec leurs homologues créés par Lewis Carroll. Dans un sens, la réinterprétation de Patrick Senécal demeure dans le réalisme : tous les personnages sont humains… enfin, en apparences. Un professeur de mathématique un peu obscure, des chirurgiens amoureux des jeux de mots douteux, un toxicomane au sourire pénétrant. Tant de mystère à élucider. C’est que la vraisemblance glisse tranquillement dans l’irréel à un point tel qu’on ne s’en rend pas toujours compte.

Les bas

En ce qui a trait au revers de la médaille, j’aimerais préciser encore une fois qu’il s’agit d’un livre pour public averti. Des passages sans détour ont rebutés ma lecture par leurs contenus sans pudeur ou simplement sadiques. On ne s’attend pas toujours à une telle virulence venant d’un roman fantastique. La protagoniste, elle-même plutôt dépravée, est au début surprise par tant de violences et d’abus, mais adhère étonnamment vite à cette nouvelle façon de vivre. De petite écolière modèle, elle va passer à la prostitution et la dépense aux drogues sans trop lutter. Il s’agit d’un univers bien déconnecté du mien, mais j’ai quand même poursuivi ma lecture jusqu’au bout.

Voilà un petit résumé de mes impressions face à ce livre. Peut-être pas un coup de cœur, mais très certainement une exploration fascinante qui m’a mené hors de ma zone de confort. Je recommanderais «Aliss» de Patrick Senécal à ceux qui souhaitent explorer une intrigue différente, à l’extérieur des sentiers battus et remplis de sensations fortes. La maîtrise de l’auteur sur son art vaut le détour et, comme souhaité, il réussit très bien à nous décontenancer, nous surprendre et nous faire craindre le pire pour ses personnages.


1Senécal, Patrick (2000). Aliss. Éditions Alire inc., p.121-122