Les livres audio

Les livres audio

audiobookUn accident est si vite arrivé…

En pleine quête du bonheur, je naviguais sur la rivière en patin.  L’air était froid et inodore. Le paysage… Wow… pittoresque. Je me sentais légère… Si légère que la première imperfection sur la glace m’a projetée tête première sur le sol. Quel impact! C’était violent, mais il n’y avait pas de sang. Mon copain, affolé. Et je tentais tant bien que mal de me convaincre que tout allait bien… mais la journée suivante, j’ai bien vu que ça n’allait pas. L’incapacité de me concentrer au boulot, un mal de cœur persistant et cette envie irrésistible de dormir sans arrêt m’ont amené doucement à l’urgence.

En fait, c’est plus mon copain qui a assuré le transport, mais vous comprenez ce que je veux dire.  Traumatisme crânien modéré, qu’a déclaré la gentille médecin. Avec toute la lenteur du monde, je me suis enquis rapidement: « Super, alors, on a un plan? » Elle m’a répondu, comme si c’était écrit dans ma face que j’aimais les bouquins :

« Reposez-vous. Et ne pensez même pas vous engager dans la lecture d’un livre! »

Mais si ce qui me repose, c’est la lecture? J’ai bien compris que mon cerveau n’était pas du tout d’accord avec moi là-dessus. Cinq minutes de lecture et un mal de cœur combiné à un mal de tête féroce me prenait violemment.

Deux journées complètes d’ennui total. Incapable de regarder un écran ou d’ouvrir les yeux trop longtemps…

Et puis ensuite, j’ai découvert les livres audio!

Je me suis fait faire la lecture d’un bouquin. Les yeux fermés, je me suis laissée emportée dans un autre monde, celui du livre Les sangs d’Audrée Wilhelmy. En quelques heures par contre, c’était terminé. Mais je venais de découvrir ce qui pourrait me divertir pour les jours à venir : les livres audio.

On n’y pense pas, mais quand on ne peut ni lire ni écrire et qu’il s’agit de nos deux passe-temps favoris, les journées peuvent être excessivement longues quand on est dans l’incapacité d’en profiter.

Où s’en procurer?

Vous pourrez trouver plusieurs livres audio sur le site Première Plus de Radio-Canada en cliquant ici. C’est totalement gratuit!

Il y en a également plusieurs à la BANQ (Bibliothèques et Archives Nationales du Québec). Je vous invite à aller sur place. Vous pourrez vous asseoir bien confortablement et vous laisser bercer par la voix d’un narrateur.

Des petits conseils

Choisir son narrateur / sa narratrice

Je vous invite également avant de louer un livre audio ou de vous aventurer trop loin dans l’écoute de ce dernier, de prendre le temps de savoir si les narrateurs vous plaisent. Je pense qu’il y en a pour tous les goûts. Un excellent livre peut nous paraître mauvais si on s’aventure dans l’histoire avec une narration qui ne nous plaît pas. Soyez alors vigilants!

Récompenser l’auteur-e

Même si on n’achète rarement l’écoute des livres audio et qu’ils sont gratuits, ils ont quand même été écrit par des humains comme vous et moi qui ont consacré des centaines d’heures à leur rédaction. Ainsi, si vous avez adoré les livres que vous avez écoutés, je vous suggère de les acheter, question de payer l’auteur-e pour son oeuvre et pour le bon temps que vous avez passé.

Choisir le moment et l’endroit

Vous pouvez très bien écouter un livre audio en vous rendant au travail ou bien en lavant la vaisselle. Cela vous permettra de découvrir plus d’auteurs et d’œuvres malgré votre rythme de vie effréné. Je vous suggère toutefois, si cela vous est possible, d’en profiter une fois de temps en temps, dans un divan bien confortable, les yeux fermés, en sirotant un breuvage chaud. C’est encore plus plaisant!

Bonne écoute !

J’espère que ma découverte vous incitera à vous aventurer dans ce monde encore peu exploité des livres audio. Bonne aventure!

Ils étaient là

Ils étaient là

Ils étaient là quand j’ai versé mes premières larmes. Quand j’ai affiché mon premier sourire. Quand j’ai reçu ma première lettre d’amour. Ils étaient là, au moment précis où mon cœur s’accélérait en lisant les dizaines de fautes d’orthographe qui s’entremêlaient aux mots doux.

Fidèles au poste quand cet amour s’est évaporé, déconstruits en si petits morceaux qu’il était difficile d’y voir clair; des atomes d’amour parsemés dans les recoins de l’appartement. Quand les insultes ont pris la relève des mots doux. Ils étaient là quand mon visage s’est enflé d’avoir trop pleuré ou… d’avoir subi l’inacceptable.

Ils étaient là, à mon premier voyage. Lorsque j’étais émerveillée par des paysages à couper le souffle. Des montagnes à perte de vue, des nuages caressant leur sommet. Quand j’ai marché pour la première fois sur une plage de galets, mes pieds hésitant entre le bonheur et la douleur.

Ils étaient là quand j’ai eu, pour la première fois, l’impression de prendre une pause du stress constant de la vie quotidienne. Quand mes épaules se sont relâchées et que je me suis mise à pleurer sans raisons pendant des heures. Ils étaient là quand j’ai connu ma première crise d’anxiété. Gorge qui se resserre, mains moites, sensation de mourir, mais pourtant…

Présents, quand ma mère nous a quittés. Là, à l’enterrement, quand ma voix rauque tentait de lui dire au revoir. À mes côtés, aux abords de l’océan, quand nous avons jeté ses cendres à l’eau pour qu’elle puisse enfin voyager.

Ils étaient là lorsque je passais des nuits entières à étudier, les équations volant au-dessus de ma tête, mon corps engourdi par l’épuisement.

Et maintenant, ils ne sont plus là.

Le monstre me les a fait perdre un par un. Il ne s’est pas contenté de me gruger de l’intérieur, de s’accrocher à mes organes, de les noircir et de les dissoudre. Il fallait aussi qu’il s’attaque à ceux qui avaient toujours été présents à chaque moment de ma vie : mes cheveux.

Ils s’étendaient dans mon dos jusqu’à la cime de mes fesses. Ils volaient au vent. Ils me réchauffaient l’hiver, se faisaient discret l’été et essuyaient mes larmes à chaque saison.

« Des cheveux, ce n’est qu’esthétique, ça repoussera».

Je me sens mal de prendre peut-être les derniers instants de ma vie à penser à mes beaux cheveux longs. À cette crinière dont j’étais si fière.

« Ce n’est que l’apparence physique, ce qui compte, c’est ce qu’il y a en dedans ».

Plus on tente de me rassurer, plus je me sens coupable d’y penser. Une culpabilité qui s’attaque à l’extrémité de mes doigts, qui me donnent des frissons et qui me serre l’estomac.

Je passe ma main sur mon crâne chauve. C’est froid, étranger… c’est terrifiant.

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Note: il s’agit d’un texte de fiction, l’auteure n’ayant pas vécu ce parcours.

L’Aquilon de l’édition les Six Brumes

L’Aquilon de l’édition les Six Brumes

img_20170107_134937335L’Aquilon: une novella passionnante qui se dévore en quelques heures seulement. Je veux définitivement en connaître davantage de l’auteur de ce petit récit. Non seulement j’ai eu la chance de découvrir un univers complet, mais j’ai également aperçu le talent de Carl Rocheleau, un auteur brillant, qui nous fait ressentir toutes sortes d’émotions grâce à sa façon bien personnelle d’écrire des histoires. Encore une très solide oeuvre des Six Brumes, une maison d’édition québécoise qui se voue corps et âme à la littérature de l’Imaginaire.

Synopsis

Ce livre est une dystopie critique d’un Québec où l’hiver est à la fois violent et éternel. L’Aquilon, je l’imagine comme un immense édifice de misère mal isolé où tous les personnages y habitent et tentent tant bien que mal d’y survivre. Tous à la fois à la fuite et à la recherche de quelque chose, les locataires nous racontent par leurs péripéties leur vie dans un enfer glacé. Je vous laisse le plaisir de lire une partie de la quatrième de couverture qui explique très bien le concept du roman:

« Summer imagine que l’immeuble où elle habite, l’Aquilon, est une grande maison de poupée. Douze chambres sur un seul étage. Il y a une personne dans chaque pièce et chacune a son histoire. »

Les hauts

À la toute fin du roman, on éprouve une grande satisfaction, comme si on avait terminé de boire une bonne tasse d’un café à la saveur recherchée et au réconfort absolu. Paradoxalement, on se sent aussi un peu triste que l’histoire soit terminée et quand on commence un nouveau livre, on recherche la même intensité, qu’on ne trouve que rarement ailleurs. Une petite perle!

En outre, j’aime bien que le livre soit construit de sorte qu’on ait accès à plusieurs personnages complexes, certains chapitres utilisant une narration au « je » et d’autres au « il ». On a l’impression de lire des nouvelles à la fois séparées les unes des autres, mais liées au même univers et avec des clins d’œil entre elles. L’histoire est ficelée de sorte qu’on n’a jamais envie d’en prendre une pause.

Finalement, j’aime bien la petite saveur de science-fiction. Rien de trop complexe; qu’un petit vent de fraîcheur dans le récit. Si vous n’êtes pas habitués de lire de la science-fiction, je vous recommande de commencer par cette histoire.

Les bas

Dans le livre, il y a deux chapitres qui racontent la même histoire, mais avec un point de vue différent d’un personnage à l’autre. En regardant certaines critiques, je vois que plusieurs personnes ont beaucoup aimé cet aspect. Bien que l’idée soit intéressante, de mon côté, j’ai trouvé ces deux chapitres redondants. Je crois qu’il y aurait eu une façon de raconter les mêmes événements de deux perspectives différentes sans que ce soit aussi répétitifs. De nature impatiente, j’avais même envie de sauter quelques lignes, sachant qu’il s’agissait des mêmes mots. Puisque certains autres lecteurs ont beaucoup aimé cela, peut-être qu’il ne s’agira pas d’un point faible pour votre lecture… Pour le découvrir, vous devrez le lire!

De plus, cela est mineur et c’est encore bien personnel, mais bien que le titre soit la pierre angulaire de tous les personnages, je ne le trouve pas du tout accrocheur. Le peu d’attrait que j’avais vers le titre du livre est la raison pour laquelle cela m’a pris autant de temps me le procurer. Cela ne m’incitait pas réellement à aller lire la description. L’Aquilon, c’est le Dieu des vents septentrionaux, et puis moi et les Dieux… on repassera! Et pourtant, ce petit chef d’oeuvre si savoureux n’a rien de spirituel!

Appréciation générale

On se sent reput, même s’il s’agit d’une novella: 96 pages d’une livre petit format, de la taille de ma main… et pourtant, entièrement satisfaisant! C’est à la fois doux et brutal. À lire absolument au chaud, sous les couvertes, sous risque d’attraper une hypothermie mentale. Le livre ne se vend que 5$ et il s’agit d’un 5$ bien investi. Bonne lecture!

Résolutions littéraires de 2017

Résolutions littéraires de 2017

Bonne année 2017 à tous les lecteurs et à toutes les lectrices de ce blogue!

Voici nos résolutions littéraires pour 2017, qui pourront peut-être vous donner des idées d’activités littéraires à faire seul ou en famille.

Pour 2017, nous prenons la résolution… :

belleetlabeteNous vous partagerons notre cheminement par le biais de ce blogue. En espérant que cela vous donne également envie d’explorer un peu plus la littérature québécoise en 2017, Filles de joual vous souhaite une année remplie de folies et de bons romans.

Cordialement,

Stéphanie Sylvain & Withney St-Onge

Les morts de Sophie

Les morts de Sophie

Brève introduction à la brève

Voici le tout premier texte que j’ai publié. Le titre original était « Douce Sophie ». Cette brève avait été publiée dans le journal étudiant Le Trait d’Union du collège de Maisonneuve en 2010 pour l’Halloween. 6 ans! J’ai vu mon style d’écriture évoluer. Je vous en reparle brièvement après la lecture.

Brève

Pieds nus, un orphelin courait dans l’herbe tranchante, soulevant ainsi quelques feuilles mortes qui, prises par les ondulations du vent frais, dansèrent en cette nuit morbide d’automne. Les poumons meurtris, le muscle cardiaque épuisé, Victor s’arrêta brusquement devant la tombe de sa mère qu’il avait tuée à la naissance. Il regarda autour de lui et afficha un sourire satisfait en constatant qu’il ne voyait que des tombes et des arbres dénudés. Il avait enfin réussi à semer les enfants aux intentions viles. Il détourna son regard azure du paysage gothique et s’agenouilla pour faire face à l’épitaphe. De ses petites mains d’enfant, il déroula un petit bout de papier. Il récita alors à Sophie, sa mère biologique, ses tout premiers vers : «Mère, chaque jour en votre absence, mon cœur se meurt de souffrance… » Inopinément, l’enfant fut interrompu par les railleries d’un des garçons qu’il croyait avoir laissé loin derrière lui. Le petit être malveillant s’esclaffa à la vue d’un monologue entre un mort et un vivant. Fou de rage qu’on puisse ainsi salir la mémoire de sa mère, Victor l’étrilla, lui affligeant ainsi quelques coups au visage. La lèvre fissurée, celui-ci répliqua en le poussant fortement sur la tombe. Il avait un sourire malicieux et se moquait de la faiblesse de Victor. En tombant, il s’écorcha le poignet sur la pierre, rouvrant ainsi sa cicatrice et laissant par conséquent son sang pur s’écouler sur le souvenir de Sophie. Subitement, un cri jaillit du lieu funéraire, remplissant l’obscurité d’inquiétudes. Le jeune voyou, dont le sourire fut éphémère, s’éclipsa en poussant des cris horrifiés tandis que Victor demeura figé sur place, muet comme une tombe. Tout devint encore plus obscur que l’obscurité. Des ténèbres jaillirent une silhouette incandescente; Sophie était réveillée. Elle semblait être un ange dont le regard était empreint d’une démence. « Merci fils, dit-elle ». Inquiet, l’enfant regarda sa mère lever ses bras doucement vers le ciel obscur. Plus ses bras menus se soulevaient vers les cieux, plus Victor sentait le sol trembler sous ses pieds. La terre, qui auparavant recouvrait les tombeaux, lévitait dans les airs; Sophie en portait le poids. On entendit des portes s’ouvrir, des cris glauques surgirent de la terre. La faune qui ne s’était pas déjà enfuit se volatilisa d’effroi. Les morts devinrent vivants. À la vue des squelettes et des vers qui rongeaient les restants de peau sur certains défunts, Victor savait qu’il devait réagir. Il prit ses jambes à son cou et se dirigea vers sa maison, éclairé par la pleine lune. En entrant dans le château que sa mère avait légué à la famille qui prendrait soin de ses fils, Victor couru directement vers l’aile Ouest, là où se situaient les appartements de son aîné. Réclamant son frère de sa petite voix qui n’avait pas encore mué, il sillonnait la tour. Une silhouette grande et chétive se révéla dans la bibliothèque, une pierre couleur charbon en main, l’air mécontent. « Tu as encore réveillé mère, dit Hugo dont la cicatrice au poignet était douloureuse. Tu sais ce qu’il nous reste à faire maintenant.» Victor hocha la tête en signe d’approbation. Tandis qu’Hugo et Victor s’armèrent et convoquèrent leur armée personnelle siégeant à la résidence, les morts se réveillaient tranquillement, laissant l’énergie de la pleine lune leur redonner des forces. En temps normal, les morts-vivants ne pouvaient vivre qu’une nuit par année et ce, durant la nuit des morts si l’occasion se présentait. Par contre, Sophie en était la reine et la source d’énergie secondaire. Si on ne la détruisait pas, les morts-vivants allaient être vivants plus longtemps que prévu, même si la lune n’était pas pleine. Victor et Hugo arrivèrent dans le cimetière où leur mère régnait du haut de sa tombe. Ils devaient la tuer. Seul un enfant de son sang pouvait la ressusciter, et seul un enfant de son sang pouvait lui permettre de mourir encore. « Pourquoi brutalisez-vous des corps qui, auparavant appartenait à des humains qui n’auraient jamais osé faire de mal? » demanda Hugo à sa mère pendant qu’un des défunts arrachait les entrailles d’un enfant qui était arrivé trop près du cimetière. La mère ne répondit point. Elle fit un geste de la main à ses gardes qui, suite à cet ordre visuel, foncèrent sur ses fils. L’escorte des enfants s’empressa de disséminer une fois de plus ces cadavres fragiles. Hugo s’avança vers Sophie, une pierre noire à la main, tandis que Victor récita la clef; «Que rien ne souffre au ciel, que jamais rien n’y change, Qu’il est doux d’y rentrer bientôt»1. La lueur que Sophie dégageait s’étouffa graduellement tandis que la pierre devint étincelante et blanche. L’image de leur mère disparut. Quelques instants plus tard, la pénombre s’évanouit, amenant avec elle les trépassés dans leurs tombes respectives. Au journal du lendemain, lorsque les citoyens auront constaté les cercueils déterrés, on lira que lors d’une soirée d’Halloween, quelqu’un « en avait peut-être fait un peu trop pour épater la galerie ». Le lendemain, Victor et Hugo pleureront la quatrième mort de leur mère. Ils espéreront en vain qu’un jour Sophie redevienne ce que Sophie était.

1. « À la mère de l’enfant mort », Victor Hugo.

Brève analyse de la brève

Mon style d’écriture a dérivé vers quelque chose de moins formel, de plus familier. Un style d’écriture qui assume plus la culture québécoise. Aussi, dans cette brève, on peut voir qu’il manque un peu d’émotions, mais les descriptions sont plutôt justes. J’ai pris l’habitude de tenter de solliciter les 5 sens des lecteurs et de leur offrir une expérience plus riche en émotions. Cette brève est tout de même une belle première expérience et j’espère que vous avez pu en apprécier la lecture!

Joyeux Halloween!

 

Les haïkus québécois!

Les haïkus québécois!

« Un ballon rouge vole

S’amourachant des nuages

Un soldat pleure seul »

(Ma tentative bien humble de création d’un haïku)
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Crédit: Masato Mukoyama

J’ai toujours adoré cette forme de poésie, mais je ne connais pas suffisamment la langue nippone pour déchiffrer les haïkus japonais. C’est alors avec grand intérêt que j’ai découvert que des auteurs québécois s’étaient réappropriés les haïkus! Selon ma compréhension et mes recherches, le haïku québécois incarne les mêmes valeurs que le haïku japonais, mais il s’adapte à notre culture, à notre forme syntaxique et à notre écriture. On pourra alors voir un juron ou des mots peu commun pour le reste de la planète s’y incruster une fois de temps à autre (patente, enfarger, mémérage, menterie, etc.). Comme dans toutes choses, il faut se garder de stéréotyper le haïku québécois! On ne répétera jamais suffisamment que les Québécois ne sont pas tous des bûcherons qui parlent mal, portant des chapeaux de fourrure de castor et des chemises à carreaux, dont l’unique source d’énergie est le sirop d’érable.

La base du haïku québécois

Le haïku se compose en trois vers qui ne riment pas, celui au centre du haïku étant plus long que les deux autres. Certains diront qu’il doit absolument comporter 17 syllabes (5 syllabes pour le premier et le dernier et 7 syllabes pour celui du centre), mais cette règle n’est pas universelle auprès de tous les auteurs.

Le haïku doit prendre une photo d’un instant présent. Il ne devrait pas raconter une histoire qui se déroule sur plusieurs jours ou années. Il doit être une image du « ici et maintenant ». Ainsi, cette tentative de haïku de ma part ne fonctionne pas: Le cœur déchiré / Tricot requis sous la pluie /Le cœur réparé. Ce poème court parle d’un processus de guérison à long terme et ne se contente donc pas de prendre une image. Il s’agit d’une règle qui est parfois brisée. Au niveau terminologique, nous dirons alors qu’il s’agit plutôt d’un poème court que d’un haïku.

Le haïku doit mobiliser au moins un des cinq sens. Dans celui que j’ai créé plus haut, on retrouve le sens de la vue (on voit le ballon s’éloigner) et le sens du toucher (la larme qui coule sur la joue du soldat).

Le haïku traditionnel sollicite constamment la nature dans un des vers, tandis que pour le haïku québécois, cela n’est pas nécessaire. Certains auteurs affirment que le terme « nature » peut être vu au sens large et qu’il peut parler tant de la nature au sens conventionnel que de la « nature humaine » (Francine Chicoine, 2008, Carpe Diem – anthologie canadienne du haïku). J’ai tenté de respecter le haïku traditionnel en évoquant les nuages dans mon exemple ci-haut.

Le haïku a pour but de nous faire ressentir une émotion, bien plus que de nous faire réfléchir. Un haïku peut avoir plusieurs niveaux de compréhension. Dans l’exemple ci-haut, on peut interpréter qu’un soldat a bel et bien perdu son ballon ou bien que le ballon symbolise le début de la guerre. Dans tous les cas, l’émotion recherchée est la déception ou l’injustice.

Des auteurs québécois

Il existe plusieurs auteurs Québécois qui pratiquent le haïku! En voici quelques uns à découvrir! Cliquez sur leurs noms pour aller voir leur site web:

Jeanne Pinchaud

dans la chambre
le thé aussi chaud que ta peau -
il commence à neiger

André Duhaime

sur les vitres
des traces de nez et de doigts
regardent la pluie

Micheline Beaudry

avec sa canne
il souffre sa mort
debout

Francine Chicoine

Dos à dos
le vieux couple s’endort
pieds enlacés

Hélène Leclerc

une usine
au bord du fleuve
fabrique des nuages

Attention!

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Crédit: Simon Laroche

Le haïku québécois est une forme de poésie distincte du haïku japonais. Nous n’utilisons pas les
Kanjis, qui sont les caractères d’écritures japonais, nous n’avons pas du tout la même sonorité au niveau de la langue, sans oublier que les phrases ne se construisent pas de la même façon, le verbe se retrouvant généralement à la fin de la phrase dans la culture nippone. Il est donc réellement difficile de comparer ces deux styles d’écriture. On peut toutefois affirmer sans se tromper que le Japon est le pays fondateur de cet art que nous avons transformé et adapté à notre culture. J’espère que cet article vous incitera à faire de belles découvertes culturelles!

Bonne lecture!

Jardin de chair

Jardin de chair

Frédéric Raymond est sans conteste un des maîtres de l’horreur québécois. Ce n’est pas sans raison qu’il a fondé la Maison des Viscères. Cet article porte sur une de ses œuvres qu’il a adapté à plusieurs reprises: Jardin de chair publiée par la maison d’édition les Six Brumes. Jardin de chair: un livre d’horreur à la fois gore et psychologique. À lire loin de l’oreiller et de la nourriture! Je suis une fan finie de ce genre littéraire et j’espère vous donner envie de vous le procurer à la fin de cette petite critique bien personnelle.

Synopsis

Résultats de recherche d'images pour « Jardin de chair »Christabelle a faim. Une faim physique qui la répugne, mais qu’elle doit absolument combler : celle pour la chaire humaine. Dans ce roman sombre, on voit la décente aux enfers de cette femme pourtant bien intentionnée. Cannibale contre son gré, elle plonge dans une spirale la menant vers la solitude absolue.

«On a tous un jardin secret… et ça fait parfois du bien de le saccager. Le jardin de Christabelle respire la mort. Chaque joie y est engraissée par des cadavres. La vie s’y enracine dans la solitude. Comment fuir le spectre des remords?» (quatrième de couverture).

Les hauts

D’abord, le gore est d’une justesse impressionnante! À certains moments, les descriptions lèvent le cœur, mais juste assez pour qu’on continue de lire. Ce n’est jamais «trop» ou «trop peu». Le dosage du gore est un art difficile à maîtriser et dans cette oeuvre, l’auteur le maîtrise parfaitement. Les personnages sont authentiques, on croirait y voir de vrais humains, avec une conscience, de vrais émotions, des forces et des faiblesses. À un tel point que, sans s’en rendre compte, on devient un peu nous-même Christabelle, entourée de ces gens complexes. Je n’ai personnellement jamais été autant attachée à une cannibale! L’auteur maîtrise parfaitement l’art de l’écriture, en utilisant plusieurs figures de styles. Des métaphores, des personnifications, des analogies. Tout y passe sans que ce soit percutant, sans que ça détonne.

«Elle l’aimait trop pour lui faire visiter son jardin de mort, elle qui aimait autant la vie.» (p.92)

L’écriture est juste et tous nos sens sont interpellés. Il semble évident que l’oeuvre a été travaillé pendant des centaines d’heures pour en arriver à un tel résultat. L’auteur n’hésite pas non plus à assumer le fait qu’il est Québécois. L’histoire se passe au Québec, les personnages parlent «le québécois» sans en être des caricatures. Tout est bien dosé!

Les bas

Christabelle a 27 ans, mais quand elle parle de sa mère, elle l’appelle toujours «maman», comme le font si bien les enfants. Il ne s’agit que d’un exemple pour démontrer qu’on ne ressent pas que la protagoniste a l’âge qu’elle est censée avoir. Nous avons l’impression qu’elle est bien moins mature que sa meilleure amie, qui est pourtant de dix ans sa cadette. Cela ne gâche toutefois pas le récit; on se met quand même bien dans la peau de la protagoniste et on ressent ses émotions. Ce phénomène peut probablement être expliqué par le fait que la mère de Christabelle l’a toujours couvé au point où elle n’a probablement pas eu les occasions de vivre ses propres expériences. De plus, elle a vécu plusieurs traumatismes et n’a jamais pu réellement s’en confier à personne, ce qui pourrait expliquer le retard dans son développement personnel. J’en conclus donc que, si cela est volontaire, cela n’est pas évident pour le lecteur qui peut se poser des questions quant aux dires et aux agissement de la protagoniste relativement à son âge.

Finalement, le roman est très court. L’univers est intéressant et on aimerait pouvoir y vivre plus longtemps. Je ne sais pas vraiment s’il s’agit d’une faiblesse du livre, mais personnellement, j’aurais pris beaucoup plus de temps dans ce monde disjoncté!

Appréciation générale

Excellent livre, qui se lit tout d’un coup. Il faut aimer le genre horreur-gore-psychologique et ne pas avoir peur d’avoir des sentiments mitigés à la fin du livre. Somme toute, un roman exceptionnel que je recommande chaudement pour tout fan fini de l’horreur québécois!