Écorché de la Maison des Viscères

Écorché de la Maison des Viscères

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« Écorché » est la première oeuvre de la Maison des Viscères dont j’ai fait la lecture et je peux sincèrement dire qu’elle m’a donné envie d’en découvrir plus sur cette maison d’édition de l’horreur québécois! Ce n’est pas compliqué: j’ai commandé tous les livres parus à ce jour. L’éditeur de cette oeuvre est l’auteur de Jardin de chair, Frédérick Raymond. Ses auteurs talentueux sont Ariane Gélinas, Jonathan Reynolds et Pierre-Luc Lafrance.

Synopsis

Écorché est un recueil de trois nouvelles axées sur l’horreur. Le gore y est progressif, mais l’ambiance glauque et stressante est présente tout au long de l’oeuvre.

Rydia avec un L

Dans la première nouvelle, ayant pour titre « Rydia avec un L », un homme et une femme, qui partagent la même passion pour un personnage de jeux vidéo, lui rendront hommage pour une dernière fois. On se retrouve dans un univers réaliste et l’auteur, Jonathan Reynolds, fait beaucoup de références qui sauront faire sourire mes homologues geeks de ce monde. On retrouve l’aspect gore plus à la fin de l’histoire, mais tout au long du récit, on sent le mal-être des personnages  et on a un mauvais pressentiment qui pèse lourd.

La frontière dorée

La seconde nouvelle, La frontière dorée, composée par Ariane Gélinas, est beaucoup plus imprégnée du gore et l’ambiance est inquiétante. Un bandit semi-retraité s’aventure dans un village où la vengeance d’un peuple qui désire reprendre leur territoire s’abat. Au rendez-vous: une ambiance western, des morts par centaines, des humains à peine vivants et des créatures fantastiques. L’écriture est beaucoup plus soutenue, mais cela se justifie, entre autres, par le fait que le narrateur soit externe, tandis que Reynolds utilise une double narration au « je ».

Ce n’est pas un conte de fée

Et la toute dernière nouvelle a une saveur d’Oniria, de Patrick Senécal, mais n’en est en rien copiée. Il s’agit de « Ce n’est pas un conte de fée » rédigée d’une main de maître par Pierre-Luc Lafrance. Et là, si j’étais un peu assoiffée de scènes tordues, j’en ai eu pour mon pesant d’or. Un haut fonctionnaire vient visiter un laboratoire dont la mission est de réhabiliter des psychopathes en remplaçant certains souvenirs de ces derniers par des contes de fées. Quelle idée géniale!

Les hauts

Pour le lecteur qui n’est pas habitué à l’horreur, le gore est progressif: très peu explicite dans la première nouvelle, et dans la dernière, c’est le tout pour le tout. Je pense bien que le lecteur a le temps d’encaisser la progression.

Dans chacune des nouvelles, on retrouve un genre différent: univers réel, fantastique et ensuite science-fiction. Cela permet au lecteur d’être toujours agréablement surpris et rafraîchi par les récits tous très différents.

L’écriture est impeccable et fluide. Les figures de style sont intéressantes, parfois recherchées, sans que cela ne soit apparent. Et que dire de l’illustration de la page de couverture: magnifique!

Les bas

Je crois que ce livre a les défauts de ses qualités. Les récits sont tellement différents les uns des autres que tout ce qui les lient ensemble réellement, c’est l’horreur. J’aime personnellement quand il y a un thème un peu moins large et des clins d’oeil entre les histoires, ce qui serait impossible dans ce cas, car les univers sont tous trop loin les uns des autres.

En outre, avec une telle couverture et avec une maison d’édition qui se nomme « La Maison des Viscères », je m’attendais à quelque chose d’un peu plus gore. Je crois toutefois que pour la majorité des gens, le gore est très bien balancé.

Le livre est très court (100 pages). On en voudrait quand même encore plus… Et surtout, on voudrait connaître la fin de la dernière histoire, qui se termine dans le doute.

Appréciation générale

Je vous le recommande chaudement si vous aimez l’horreur. L’horreur, ce n’est pas que des jambes qui se font arracher et tombent en lambeaux, c’est aussi la peur, le sentiment que tout peut basculer, l’envie de gruger nos ongles durant la lecture et la boule dans la gorge causée par l’inquiétude. Et on retrouve tout ça dans « Écorché ». Voici un lien pour vous procurer les bouquins : https://recits.visceres.com/. Bonne lecture!

Première étape du processus de création littéraire – L’inspiration

Première étape du processus de création littéraire – L’inspiration

Tout auteur a sa façon de créer une histoire et de la faire naître dans l’imaginaire d’autrui. Il y a autant de façons de penser et de créer des histoires qu’il y a d’humains… et probablement même plus! Le plus beau dans tout ça, c’est qu’il est possible de s’inspirer du processus de création des autres et de l’adapter à soi.

Cet article a pour but de recenser de façon bien personnelle mon processus de création littéraire. Sentez-vous libre de vous en inspirer! Puisque je suis gourmande et que j’aime bien manger, cet article sera fait sous la forme d’une recette de cuisine. Avant même de commencer à écrire, il faut, bien entendu, au moins un concept; des ingrédients essentiels pour une histoire succulente. Vous trouverez ici les sources de mon inspiration. À table!

Deux tasses d’un entourage créatif

Il peut s’agir d’un brainstorming avec une homologue écrivaine (tousse tousse, Stéphanie Sylvain), d’une conversation sur l’oreiller avec mon amoureux, ou bien de propos de certains collègues de travail; il est certain que lorsqu’on s’entoure de gens créatifs, il est beaucoup plus facile de créer des histoires.

 «Hum, si on vivait dans un monde inversé où, au lieu d’accoucher, on ferait rentrer les humains dans le ventre de leur mère à la fin de leur vie, ça donnerait quoi?»

– Mon amoureux

«Pendant qu’on jase, mon chien est peut-être en train de commander de la pizza tout en buvant du Whisky. Il regarde à l’extérieur en fumant son cigare, comme si c’était une télévision où les humains sont les acteurs»

– Une collègue de travail

Une façon de développer son réseau créatif est de faire des rencontres. Ça peut être dans un événement où la littérature est au premier plan (salon du livre, 24 heures d’écriture) ou bien à l’épicerie dans l’allée des produits ménagers. Des gens créatifs, il y en a partout. Il suffit des les trouver et de s’en entourer!

Une pincée d’environnement propice

Quand j’étais adolescente, nous étions quatre enfants et nous avions une toute petite maison délabrée. Je créais donc des poèmes en marchant dans le bois avec mon chien. Ceci dit, il m’est souvent arrivé de me perdre et ce Woodstock1 ne savait pas plus comment rentrer à la maison. Je vous suggère donc un lieu plus sécuritaire pour créer vos histoires. Personnellement, j’ai besoin d’un endroit calme où je peux réfléchir. Il m’arrive souvent d’avoir des idées dans le bain ou entre l’éveil et le sommeil. Quand mon environnement est propre et ordonné, mes histoires ont tendance à être plus cohérentes. Pour des nouvelles absurdes, le fouillis est étrangement de mise!

Trois kilogrammes d’œuvres d’autrui

La musique

Que ce soit pour ses paroles ou bien pour ses rythmes, de tout temps, la musique m’a toujours aidé à avoir des idées.

Prenez, par exemple, pratiquement toutes les chansons de l’album éponyme de Pierre Lapointe. En effet, un roi qui décide tout simplement de marcher sur sa tête parce qu’il en a son casque de marcher avec ses jambes, ce n’est pas quelque chose de très orthodoxe:

Qu’est-ce que tu dirais si j’étais debout sur ma tête?
Crachant sur les passants
Qui ne comprennent pas
Qui ne comprennent pas
Que je suis fatigué
Fatigué de marcher
Fatigué de souffler
Pour chauffer mon royaume
Mon bien trop beau royaume

Ou bien le groupe rock System of a down, dont la chanson Radio / Video, qui ne contient pourtant pas plus de 30 paroles différentes m’inspire par son style qui passe du métal à la mélodie douce.

Comment ne pas se sentir inspirée de ces œuvres marginales?

L’art visuel

Les artistes visuels ont également toujours façonné mon imaginaire. Les peintres célèbres sont une grande source d’inspiration. En effet, les oeuvres de Dalì, dont la célèbre horloge qui fond et le cubisme de Picasso me donnent beaucoup d’idées. Toutefois, je suis généralement plus inspirée par les artistes un peu moins connus mais qui sont des petits diamants cachés. En cliquant sur le nom des auteurs, vous serez dirigés vers leur page Facebook. Je ne pourrai tous les nommer, mais en voici quelques uns:

Marc Johns

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C’est beaucoup plus par l’esprit que par le trait du dessin que Marc John m’inspire. Ses oeuvres à la fois humoristiques et philosophiques nous amènent à penser à l’extérieur des conventions. J’ai choisi cette oeuvre, parce que bon, ça fait concept avec la recette… Et puis, aussi, avouez que vous n’avez jamais pensé à un éléphant avec des motifs à point qui vous tend une tarte.

Émilie Léger

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Émilie Léger est une artiste visuelle québécoise qui mixte bien souvent le numérique aux médias plus conventionnels tels que la peinture. À quoi cette image vous fait-elle penser? Tout se décompose. On y voit à la fois la détresse et la détermination. L’espoir et le désespoir. La naissance d’une fin du monde à couper le souffle. Très inspirant!

Leonid Afremov

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La couleur et les mouvements des œuvres de Leonid Afremov m’émeuvent. Je peux passer des journées presque complète à regarder ces peintures sans jamais me lasser. Chaque toile semble me raconter une histoire. Je dirais que le plus prenant dans ces toiles, c’est qu’elles suscitent en moi une émotion forte et de mon côté, les émotions m’aident à trouver des concepts et à créer des personnages attachants.

VeroniKaH

VéroniKaH est une artiste qui m’inspire par son sens de l’esthétisme, sa capacité de susciter une émotion par ses toiles, mais aussi par son vécu en tant qu’humaine sur cette Terre où la vie est à la fois belle et difficile. VéroniKaH ne cherche pas la perfection, elle cherche l’expression artistique avant tout. Pour l’avoir rencontré, c’est une artiste chaleureuse et passionnée. Toute l’énergie qu’elle consacre à créer des oeuvres émouvantes me donne la force de persévérer en tant qu’auteure.

L’art cinématographique

Les séries d’animation japonaise, les séries plus conventionnelles, les courts et les longs métrages sont pour moi une source d’inspiration infinie. Les dialogues intenses des films de Quentin Tarantino ou bien une histoire bien ficelée signée Tsugumi Ōba; que d’ingrédients pour s’inspirer!

Les écrivains… Et oui!

Quand on a le satané syndrome de la page blanche, rien de mieux que de se taper quelques bouquins ou bien quelques nouvelles littéraires. Pas pour les copier, bien entendu, mais pour stimuler l’imaginaire….

Un monde qui a la forme d’un disque2, une histoire d’amour de zombies3, des fées qui vivent sous terre et qui sont dérangées par un jeune génie fringant4, un tueur en série qui dévorent ses victimes5, une nymphomane qui meurt en faisant une fellation à un géant6, un monde où on enterre des nouveau-nés pour faire fleurir les plantes7, une fleur qui pousse à travers le bitume8

Tant de choses qui peuvent stimuler des concepts parallèles!

Je dirais, plus que toutes autres sources d’inspiration, la littérature est riche pour l’écrivain, en ce sens qu’elle nous propose à la fois des concepts, mais également des structures d’histoires, de phrases, des types narratifs, des genres littéraires, des figures de style… Et j’en passe! Un écrivain pertinent, inspiré et inspirant enrichira toujours ses connaissances en lisant. Du moins, c’est mon avis!

Bref…

Une fois tous les ingrédients réunis, on peut commencer à organiser une histoire; un gâteau exquis qui n’aura pas d’égale et qu’on ne pourra reproduire. Je traiterai de la préparation dans le prochain article que je publierai. Et vous, qu’est-ce qui vous inspire? Qu’est-ce qui vous permet de créer? Que ce soit des histoires, des peintures, des concepts, des codes, des activités… Qu’est-ce qui vous inspire?


1. Quand t’as des parents un peu hippie, tu t’appelles Withney avec une faute dans ton nom tandis que ta langue maternelle est le français et ton chien porte le nom d’un lieu de débauche.
2. Terry Pratchet. Les annales du disque monde.
3. Isaac Marion. Vivant.
4. Eoin Colfer. Artemis Fowl.
5. Concept exploité ici dans plein de bons livres (et de mauvais).
6. Patrick Senécal. Oniria.
7. Ariane Gélinas. Le sabbat des éphémères.
8. Charles Baudelaire. Les fleurs du mal.